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Enrico Letta : « Personne ne peut s’absoudre soi-même. La mort de ces enfants est un scandale pour l’Italie »

le 17 Octobre 2017 à 18:06
Entretien par Enrico Letta
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A l'occasion de la sortie du documentaire "Un destin commun" de Fabrizio Gatti sur le naufrage d'un navire de migrants à Lampedusa le 11 octobre 2013, Enrico Letta, à l'époque Premier Ministre italien, revient sur l'opération de sauvetage Mare Nostrum et sur ce drame humain. 

Enrico Letta était chef du gouvernement italien lors du naufrage d’une embarcation de réfugiés le 11 octobre 2013. « Nous devons la vérité et la justice aux victimes. L’enquête de Gatti devrait être diffusée dans les écoles, dit-il. Après le drame, nous avons trouvé un consensus pour lancer l’opération Mare Nostrum qui a sauvé cent mille personnes. Pourquoi avoir fait marche arrière ? »
De notre envoyée ANAIS GINORI
 
 
15 octobre 2017
 
PARIS. « L’Italie ne peut s’absoudre elle-même uniquement parce qu’il s’agit de migrants. Nous devons veiller à ce que vérité et justice soient faites. » Enrico Letta était chef du gouvernement italien lorsque le drame s’est produit. Le naufrage du 11 octobre 2013 est aujourd’hui au cœur du documentaire de Fabrizio Gatti. « C’est du journalisme d’investigation qui devrait être présenté dans toutes les écoles, commente Letta. Les enfants doivent comprendre de quoi nous parlons quand nous évoquons la question des migrants. »
L’ancien président du Conseil italien, aujourd’hui doyen de l’École des affaires internationales de Sciences Po Paris, se souvient de la nuit tragique lors de laquelle 268 personnes ont trouvé la mort entre l’Italie et Malte, quelques jours seulement après un autre naufrage ayant fait 368 victimes près de Lampedusa. « L’enchaînement de ces deux tragédies a permis d’obtenir le consensus politique à l’origine de l’initiative Mare Nostrum. »

Le choc émotionnel a donc joué un rôle décisif ?
« Nous avons tout de suite compris qu’il ne s’agissait pas d’épisodes isolés, mais d’un phénomène lié à notre époque et amené à perdurer. Quelques mois plus tôt, la visite prophétique du Pape à Lampedusa m’avait ouvert les yeux. »

Pourtant, le gouvernement italien s’est retrouvé isolé pour gérer cette urgence.
« J’ai demandé la tenue d’un sommet européen. J’ai dit à mes homologues que l’Italie ne pouvait tolérer que la mare nostrum devienne une mare mortum. J’ai demandé une aide pour la mission de sauvetage que nous organisions. Un seul pays m’a répondu, la Slovénie, qui nous a envoyé un navire. Nous avons néanmoins poursuivi l’opération. Il fallait que nous défendions notre honneur. »

L’Europe a préféré regarder ailleurs ?
« En tant qu’Européen convaincu, il m’est difficile de l’admettre, mais c’est effectivement le cas. Les autres capitales ont pris conscience de l’ampleur de la situation seulement deux ans plus tard, quand des réfugiés ont pris la route des Balkans en direction de l’Allemagne. »
 
La mission Mare Nostrum a été accusée de faciliter le passage de migrants vers l’Italie. Que répondez-vous à cela ?
« C’est totalement erroné. Ceux qui prétendent que nos navires ont servi de “taxi” pour les migrants devraient jeter un œil à ce documentaire. D’ailleurs, lorsque la mission a été interrompue, les flux n’ont pas diminué, bien au contraire. Je n’ai toujours pas compris pourquoi l’Italie a décidé de mettre un terme à cette opération. »

Le gouvernement de Matteo Renzi a abandonné Mare Nostrum et l’a remplacé par l’opération Triton, censée garantir une plus grande coopération européenne.
« Sans vouloir créer la polémique, je suis fier des choix que j’ai faits en tant que chef du gouvernement. En un peu plus d’un an, Mare Nostrum a permis de sauver au moins cent mille personnes. Nos militaires ont fait un travail extraordinaire, surtout compte tenu de l’égoïsme d’autres pays. »

« Les responsables italiens nous ont laissés mourir » : c’est ce que déclare un survivant du drame du 11 octobre 2013 dans le documentaire.
« L’enquête journalistique met en relief des responsabilités évidentes. Aucun État ne peut laisser se produire une telle tragédie sans que justice soit faite. Le documentaire met en évidence deux autres vérités. »

Lesquelles ?
« Les migrants ont attendu pendant des heures en pleine mer. Ils sont morts parce que l’Italie et Malte n’ont cessé de se renvoyer la balle. Il faut donc mettre en place une chaîne de commandement claire au niveau européen. La deuxième chose, c’est qu’il est évident que Frontex est insuffisant : cette agence a été créée pour d’autres objectifs. Ce n’est pas pour rien que son siège se trouve à Varsovie. »

Aujourd’hui, la polémique s’est portée sur le rôle des ONG, accusées à leur tour de servir de « passeurs » de migrants.
« Ces accusations sont révoltantes. Il est possible qu’il y ait certains manques ou des zones d’ombre de la part de quelques ONG. Mais le cœur du problème est ailleurs. Un événement qui témoigne de notre époque et qui s’inscrit dans le long terme, comme ces flux de migrants, doit concerner directement les États. Les opérations de sécurité et de sauvetage doivent être prises en charge par les gouvernements. C’était l’objectif de Mare Nostrum. J’ajouterais que la présence de la marine italienne a aidé non seulement à sauver de très nombreuses personnes, mais aussi à recueillir des preuves qui ont permis d’arrêter les trafiquants. »

Sur les questions d’immigration, une partie de la gauche invoque aujourd’hui des arguments qui étaient autrefois l’apanage de la droite.
« D’expérience, je sais qu’il n’existe plus aucune distinction entre droite et gauche sur ces sujets. Une forme de cynisme collectif s’est installée. On continue à mener des campagnes électorales sur le dos des personnes les plus désespérées. »

Selon vous, aucun responsable politique italien n’aurait le courage de proposer à nouveau une opération comme Mare Nostrum ?
« En Italie, on met tout dans le même plat. On ne fait plus de différences entre réfugiés et migrants économiques, ce qui instaure une atmosphère de rejet. »

Certains parlent même d’« invasion ».
« Les chiffres sont importants, mais il n’y a rien d’ingérable. L’invasion, c’est ce qu’a vécu l’Allemagne, quand un million de personnes sont arrivées en l’espace de quelques jours. »

Il existe néanmoins une pression migratoire importante qui préoccupe de nombreux citoyens.
« En effet, je suis convaincu que ce devrait être la priorité absolue de la sphère politique, avant même le spread ou l’avenir de la zone euro. Le Brexit est né des images des débarquements à Lampedusa et des bidonvilles de Calais. Le populisme se nourrit de ces peurs. »
 
Un autre survivant du drame indique : « L’Italie doit prouver qu’elle nous a traités comme des êtres humains ».
« Nous observons un processus de déshumanisation. Notre civilisation s’est perdue. Dans un siècle, les biologistes marins qui étudieront les fonds de la Méditerranée découvriront un véritable cimetière de guerre. Ils tenteront d’expliquer comment tant de personnes ont pu trouver la mort sans qu’il y ait eu le moindre véritable conflit. »
 
 
 
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