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Les pays baltes, si loin, si proches
À partir des années 1850, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, qu’on désigne aujourd’hui communément sous le nom de pays baltes, connaissent un véritable éveil national, notamment par la prise de conscience progressive d’un patrimoine commun.
|   19/04/2018             |   Inès Ferrand Pérez             |   Démocratie et citoyenneté

Le musée d’Orsay présente actuellement, au sein de l’exposition « Âmes sauvages : Le symbolisme dans les pays baltes », les œuvres de Mikalojus Konstantinas Čiurlionis, Oskar Kallis, Janis Rozentals, Ferdynand Ruszczyc… Autant d’artistes symbolistes baltes de la période 1890-1930, toujours méconnus en France et pourtant vecteurs majeurs de l’élan patriotique et de la construction identitaire qu’ont connu ces pays, de la fin du XIXe siècle à leur indépendance à la fin de la Première Guerre mondiale.

Cette exposition est d’abord l’occasion d’un événement commun entre l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, le dernier en date étant leur pavillon lors de l’Exposition internationale des arts et techniques de 1937, à Paris. Elle constitue donc la célébration d’une identité balte, souvent méconnue et pourtant profondément inscrite dans le paysage européen, comme l’affirmait déjà en 1905 Gustav Suits, grand poète estonien cité par Emmanuel Macron lors de son discours d’inauguration de l’exposition : « Soyons estoniens, mais devenons aussi européens ».

L’Europe a en effet été un moteur d’inspiration pour les symbolistes baltes, sans pour autant que la culture balte ne devienne qu’un simple alliage d’influences européennes. Au contraire, ces peintres s’inscrivent dans un courant artistique présent dans toute l’Europe et sont ouverts sur le continent, tout en gardant leur grande originalité en célébrant leur terre, leurs mythes et légendes populaires et leur folklore. En effet, le symbolisme, qui se diffuse en Europe à partir des années 1890 et de manière plus tardive dans les pays baltes, se caractérise par la présence d’éléments liés au rêve, au surnaturel, au mythe ; les symbolistes baltes ont peint leur mythologie nationale, permettant de décrire les exploits de héros légendaires tels que Kalevipoeg qui bat à lui seul des centaines de guerriers. La représentation figurée de légendes ancrées depuis longtemps dans les esprits des peuples baltes permet alors l’éclosion d’un sentiment national. Grâce à des échanges nourris entre ces artistes et les autres peintres européens, et avant même 1918, le symbolisme balte s’est ancré dans la culture européenne et a porté des aspirations artistiques communes, au-delà du matériel : l’envie de liberté, la quête de sens, l’inquiétude face à l’avenir, l’émancipation de la conscience.

L’exposition « Âmes sauvages : Le symbolisme dans les pays baltes » permet au visiteur de découvrir un art poétique et évocateur, puisant dans les mythes baltes mais dont les évocations rappellent souvent cette période d’accélération de l’histoire que fut la transition entre le XIXe et le XXe siècles, commune à l’ensemble des pays européens.

Inès Ferrand-Pérez

Exposition au musée d’Orsay, jusqu’au 15 juillet 2018