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Nostalgie de l’Europe : 10 raisons en faveur de FreeInterrail
Avec 700 millions d’euros, l’UE pourrait rapidement financer l’initiative FreeInterrail. Celle-ci consiste à offrir gratuitement à chaque jeune Européen originaire d’un État membre de l’UE un pass ferroviaire Interrail à l’occasion de son 18e anniversaire. Cette idée est portée par deux militants berlinois, Vincent-Immanuel Herr et Martin Speer. Trop coûteuse ? Depuis quelques jours, l’initiative suscite la critique. Heidi Marleen Kuhlmann, du Jacques Delors Institut - Berlin, détaille dix raisons pour lesquelles l’initiative FreeInterrail est malgré tout une bonne chose pour l’Europe.
|   15/06/2018             |   Heidi Marleen Kuhlmann             |   Non classé

Cette année, l’idée utopique des militants Vincent-Immanuel Herr et Martin Speer va devenir réalité : dans le cadre d’un projet pilote, 15 000 jeunes vont recevoir un billet Interrail. Les fonds pour ce projet pilote sont approuvés, mais insuffisants : selon la proposition de cadre financier pluriannuel 2021-2027 (CFP) de la Commission européenne, le volume accordé à Erasmus+ sera doublé et prévoit, selon un communiqué de presse de la Commission, 700 millions d’euros pour  le projet FreeInterrail. Le projet de CFP sera négocié au cours des deux prochaines années et doit ensuite être approuvé par tous les États membres. On peut donc encore assister d’ici là à une réallocation des fonds ; la promesse de ces 700 millions d’euros n’est donc pas définitive. Depuis que la Commission a fait connaître ses projets, cette initiative suscite de nombreuses critiques. Les principaux arguments des opposants sont les suivants : le projet est trop cher ; au lieu d’investir dans les voyages, il vaudrait mieux lutter contre le chômage ; les jeunes défavorisés et ceux originaires des pays les plus pauvres ne pourraient de toutes façons pas s’offrir un tel voyage ; et quelle serait la valeur ajoutée de ces voyages pour les jeunes ? Voici dix raisons expliquant pourquoi l’initiative FreeInterrail serait une bonne chose pour l’Europe.

1.  Un billet qui est offert à chacun.

Si le projet se déroule comme prévu initialement, chaque jeune se verra offrir par l’UE un bon Interrail pour son 18e anniversaire. Ce coupon est ensuite valable six ans et peut à tout moment être échangé contre un pass Interrail de 30 jours. À 18 ans, tous les jeunes ne disposent pas de l’argent nécessaire pour financer les coûts liés à l’hébergement et à la nourriture lors d’un tel voyage. On peut donc supposer qu’une grande partie de ces jeunes pourra profiter de ces six années pour économiser l’argent nécessaire au voyage. L’initiative devrait donc réellement bénéficier à une grande majorité des jeunes. Chaque année, dans l’UE27, près de cinq millions de jeunes deviennent majeurs. Si le projet de budget est confirmé, l’initiative disposera chaque année de 100 millions d’euros, soit 200€ par habitant.

2.  Un billet qui marque.

Les jeunes qui voyagent seuls pour la première fois deviennent autonomes, se font une image de l’Europe et établissent des liens avec leurs voisins. Ils découvrent la rapidité avec laquelle le train leur permet d’accéder à une autre culture, la diversité des paysages en Europe et ce que signifie voyager d’un pays à l’autre sans être contrôlé aux frontières ni même changer de monnaie, pour la majorité des pays.

3.  Un billet qui ne constitue qu’un début.

Le projet FreeInterrail n’en est encore qu’à ses débuts. La phase pilote permettra sans doute de tirer quelques leçons utiles pour la conception du projet réel. Des initiatives et des programmes se développeront autour du projet de manière à préparer les jeunes à leur voyage et à les soutenir lors de leur périple. Ainsi, des bourses « argent de poche » ou un site internet de « couchsurfing » réservé aux jeunes pourraient voir le jour ; des conseillers pourraient en outre être désignés dans différentes villes pour aider les jeunes en cas de problème.

4.  Un billet qui est conçu comme un nouvel ERASMUS.

ERASMUS, le projet phare de l’UE, a été créé en 1987. Depuis, pas moins de 670 000 Allemands ont bénéficié de ce programme pour se rendre à l’étranger. Actuellement, 37% des étudiants de licence n’ont pas peur de s’ouvrir à des horizons nouveaux. Si ce chiffre semble élevé, il ne représente qu’une infime proportion de la mobilité étudiante que permettrait d’atteindre l’initiative FreeInterrail. En effet, d’après les estimations, seuls 5% d’une tranche d’âge d’Européens profitent d’un séjour ERASMUS. Si 100% des jeunes d’une classe d’âge bénéficiaient rapidement d’un billet de train, la mobilité des Européens augmenterait nécessairement.

5.  Un billet qui crée des liens.

Contrairement aux initiatives locales ou aux événements ponctuels dans les différents États membres, cette initiative s’adresse à tous les jeunes de tous les pays de l’UE. L’expérience du voyage avec un pass Interrail gratuit pourrait permettre, en l’espace de quelques années, de créer des liens entre des générations entières. Cet accès sans entrave à la mobilité et le nombre élevé de jeunes participants rendent ce projet si particulier.

6.  Un billet qui offre la liberté.

La possibilité de voyager dans trente pays offre aux jeunes une marge de manœuvre individuelle pour réfléchir personnellement à ce qu’ils souhaitent découvrir. Ce pass offre en outre une pause à un moment où les obligations des jeunes adultes augmentent rapidement. Devoir voyager est officiellement autorisé et souhaité. L’UE offre ainsi aux jeunes un peu de liberté.

7.  Un billet qui vient directement de l’UE.

Le rêve de tout lecteur d’Harry Potter de recevoir une lettre spéciale à son anniversaire deviendra réalité. Le fait que les jeunes reçoivent ce pass offert par l’UE directement par voie postale est particulièrement marquant. L’initiative crée un pont entre les institutions européennes et les jeunes, qui voient ainsi Bruxelles d’un bon œil.

8.  Un billet qui fixe des priorités.

Les jeunes Européens se trouvent au cœur de cette initiative. Les dépenses liées à ce programme pour les jeunes augmenteront de 50% dans le prochain cadre financier 2021-2027, ce qui s’explique en grande partie par cette initiative FreeInterrail. Les besoins visant à soutenir les jeunes sont importants et les possibilités nombreuses, mais le fait que l’UE puisse désormais augmenter les investissements au profit de ses jeunes citoyens est en tout cas un signe positif.

9.  Un billet qui revêt un caractère symbolique.

L’UE a besoin de symboles car elle doit fait bouger ses citoyens pour bénéficier (à nouveau) d’un soutien plus fort de leur part. Les projets transfrontaliers porteurs tournés vers l’avenir et profitant aux jeunes générations sont réconfortants pour les opinions publiques européennes touchées par la crise. Cela fait du bien de refaire ensemble les gros titres des journaux, mais pour des raisons positives !

10.  Un billet qui fait preuve d’initiative.

Il est important pour les pays de l’UE de poursuivre ensemble de nouveaux projets. L’intégration européenne sur la base d’un schéma classique ne fonctionne pas. Souvent, ce sont des initiatives comme FreeInterrail, considérées à plusieurs reprises comme des échecs mais finissant par s’imposer, qui rapprochent les Européens. Ça y est, nous voilà partis ensemble pour un voyage passionnant !