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Réaction de James Fishkin au texte d’Andrew Moravcsik sur le rejet du traité constitutionnel
La critique que fait Moravcik de la consultation populaire européenne porte essentiellement sur deux enchaînements d'idées qu'il estime discutables1 : Le premier est qu'"une plus grande participation engendre une délibération mieux informée." Et le second qu'"une activité décisionnelle mieux informée, plus intensive engendre une plus grand confiance publique et un sens plus profond de notre identité et légitimité communes". Les faiblesses supposées de ces propositions remettraient en cause la notion que "des formules démocratiques plus populistes et délibératives "pourront "engendrer participation et légitimité"
|   27/09/2006             |   Francesco Marchi             |   Droit et institutions
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La critique que
fait Moravcsik de la consultation populaire européenne porte essentiellement sur deux
enchaînements d’idées qu’il estime discutables : Le premier est qu’ « une
plus grande
participation engendre une délibération mieux informée. » Et le second qu’
« une activité décisionnelle mieux informée, plus intensive engendre une
plus grand confiance publique et un sens plus profond de notre identité et
légitimité communes  » (p. 222). Les faiblesses supposées de ces
propositions remettraient en cause la notion que « des formules démocratiques
plus populistes et délibératives  » pourront « engendrer participation
et légitimité »
(p. 221).

Le problème
essentiel posé par cette critique est qu’elle ne s’embarrasse pas de
distinctions entre deux
formes, l’une « populiste » l’autre « délibérative », de la
démocratie. Son développement
semble en effet vouloir les traiter comme interchangeables. Notre recherche soulève des
questions importantes sur la critique de Moravcsik. Nous convenons que de nombreuses
formes populistes de participation n’ont rien à apporter à la délibération.
Tout dépend du concept institutionnel (voir Fishkin, Democracy and Deliberation, Yale University Press,
1991). Une mobilisation irréfléchie n’a rien de la délibération. Parler à qui
partage nos opinions,
pas d’avantage. Un échange de vues civil et informé présuppose des dispositionsprises avec
soin. Les recherches que nous avons conduites avec Deliberative Polling
suggèrent que, bien conçue, la délibération participe de pratiquement tous les aspects
désirables du civisme. Nous croyons en conséquence que la troisième proposition
de Moravcsik est très discutable (voir Luskin et Fishkin, « Deliberation
and Better Citizens (« Délibération
et citoyens meilleurs ») à pour preuve des effets de la déliberation sur
plusieurs aspects du civisme). Et lors de la consultation délibérative de 1995 sur
les questions européennes au Royaume-Uni, il s’est avéré que la délibération
citoyenne accroissait le soutien pour l’intégration britannique à l’UE. Aussi
Moravcsik assure-t-il à tort que la recherche sociologique démontre systématiquement
que le débat public ne peut qu’affaiblir la légitimité de l’Union européenne.
Ces questions restent ouvertes, empiriques : on trouve des cas ou le débat
public l’a renforcée.

Nous convenons
que le populisme ne sert pas nécessairement la délibération. Si on avait disposé
d’un instrument plus identifiable à la délibération citoyenne sur la
constitution, alors peut-être d’autres buts d’une co-citoyenneté européenne
auraient-ils pu être atteints. C’est en tout cas ce que nos expériences en
consultation délibérative suggèrent. Peut-être des débats télévisés réduits au
microcosme, combinés aux stratégies idoines pour élargir la portée de telles
expériences à un public plus vaste, auraient-ils permis un autre débat et
peut-être une autre issue. Il reste que se rabattre sur des discussions de
chapelle entre élites ne servira en rien la légitimité de l’Union, alors que le
mouvement du public vers un engagement délibératif, plutôt qu’un engagement
simplement populiste, le pourrait.