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Après les discours pour l’Europe, place aux actes
Le prix Charlemagne sera décerné à Emmanuel Macron ce 10 mai 2018. Sébastien Maillard, notre directeur, revient sur une année de discours du chef de l'État sur l'Europe, en appelant maintenant aux actes.
|   09/05/2018             |   Sébastien Maillard             |   Démocratie et citoyenneté

Il y a tout juste un an, l’Europe, de Bruxelles à Berlin, soufflait de soulagement après avoir tremblé jusque durant l’entre-deux-tours de la présidentielle française. Depuis cette élection remportée au son de l’Hymne à la joie, pourquoi cacher la sienne devant tant d’enthousiasme pour un projet européen qui avait fini par s’en interdire toute démonstration ? C’est cet « enthousiasme contagieux » qui a impressionné le jury allemand du prix Charlemagne, qui sera décerné à Emmanuel Macron ce 10 mai. Dans l’auguste ville d’Aix-la-Chapelle, l’Union européenne fêtera son nouvel héros. Nul doute que le discours du président français sera à la hauteur de l’honneur qui lui est fait. Durant sa campagne comme durant sa première année au pouvoir, Emmanuel Macron a compris que l’Europe ne se poursuivra qu’en suscitant de l’émotion, qu’elle se ragaillardira par un sentiment d’appartenance commune. Les « petits pas » de Jean Monnet n’interdisent pas les grandes envolées, ni la froideur normative et la tiédeur des compromis, la chaleur d’un affectio societatis à former, y compris par le verbe. Le chef de l’État cherche ainsi à make Europeans proud again (redonner fierté aux Européens), pour paraphraser Trump. Son discours d’Aix s’inscrit à la suite de ceux d’Athènes à Strasbourg, en passant par Francfort et Göteborg, avec la Sorbonne en point d’orgue d’une première année toute en éloquence. Une série pour chercher à rendre au projet européen profondeur, horizon et hauteur de vue quand sa justification tendait à se borner à Erasmus et au roaming gratuit.

Mais le cycle des discours doit maintenant faire place à celui des actes. Le temps presse d’ici aux élections européennes, en mai prochain. Budget de la zone euro, taxe carbone aux frontières, université européenne, mobilité lycéenne, listes transnationales,… Emmanuel Macron a jeté des tas d’idées sur la table. Sans doute trop d’un coup, déversées en même temps. Certaines sont remises à des jours meilleurs tandis que Paris, à défaut de faire bouger les lignes, retrouve ses lignes rouges sur la PAC.

Si l’art oratoire est un noble exercice mais solitaire, agir est un exercice collectif, qui exige de mettre en avant tout autant sa disposition au dialogue, son ouverture aux idées des autres, l’envie de co-construire plus qu’étaler d’emblée ses vues. Les consultations citoyennes, que le président français est parvenu à lancer à travers le continent, envoient un signal positif à cet égard. Mais elles ne suffiront pas à lui apporter des alliés dans son ambition pour l’Europe. Avec une conjoncture politique dégradée dans de nombreux pays, notamment en Italie, Emmanuel Macron apparaît en Europe comme un premier sans cordée.

De fait, depuis le soulagement européen apporté par son élection, il n’est pas payé de retour, un an plus tard. La cérémonie d’Aix-la-Chapelle et l’hommage que lui rendra Angela Merkel à cette occasion ne doivent pas faire illusion. Décerner le plus honorifique prix européen ne doit pas masquer le manque d’entrain de la nouvelle coalition à faire bouger l’Europe, en particulier la zone euro.

Emmanuel Macron a besoin plus que d’un prix, lequel survient trop tôt. Le prix Charlemagne couronne le plus souvent une œuvre européenne plutôt qu’il ne la précède. Il ne faudrait pas que cet honneur lui signale qu’après avoir sauvé les meubles européens, il y a un an, il peut maintenant s’arrêter là, et se dispenser d’autres travaux dans la maison. Ce prix précoce au contraire oblige son récipiendaire. En prenant garde aux précédents. Tony Blair l’a reçu en 1999 après avoir ramené la Grande-Bretagne dans le concert européen et aidé à l’apaisement en Irlande du Nord mais son engagement européen n’a pas marqué ses deux mandats suivants. Plus embarrassant encore, Barack Obama a reçu le prix Nobel de la paix en 2009, sans longtemps ensuite avoir su l’honorer. Il faut accueillir une telle distinction avec humilité. La considérer non comme un aboutissement mais comme une invitation à aller jusqu’au bout de la promesse qu’on incarne, par des « réalisations concrètes », comme y appelait Robert Schuman le 9 mai 1950, pour transformer le réel au-delà du seul pouvoir des mots.

Sébastien Maillard