À lire

L’Europe s’est-elle vraiment passée du gaz russe ? On fait le point

Lorsque la guerre en Ukraine a débuté, l’Union européenne a tiré le signal d’alarme pour une plus grande indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Plus d’un an après, les partenariats se sont diversifiés. Mais l’ombre russe pèse encore dans l’approvisionnement gazier de l’Europe.

Le « Flex Volunteer », tanker de gaz naturel liquéfié quittant le terminal de Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire.
Le « Flex Volunteer », tanker de gaz naturel liquéfié quittant le terminal de Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire. | JEROME FOUQUET / OUEST-FRANCE
  • Le « Flex Volunteer », tanker de gaz naturel liquéfié quittant le terminal de Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire.
    Le « Flex Volunteer », tanker de gaz naturel liquéfié quittant le terminal de Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire. | JEROME FOUQUET / OUEST-FRANCE

TotalEnergies a mis les gaz, lundi dernier. Le 10 juillet 2023, le groupe français a signé un contrat de 10 milliards de dollars avec le gouvernement irakien, notamment pour un projet gazier. La compagnie a aussi annoncé la mise en production du champ de gaz d’Absheron en Azerbaïdjan, exploité avec la compagnie nationale azérie Socar. Enfin, TotalEnergies a renforcé son partenariat dans le gaz avec la compagnie algérienne Sonatrach.

Le géant de l’énergie semble donc en adéquation avec la volonté européenne de réduire sa dépendance au gaz russe. Selon Phuc-Vinh Nguyen, chercheur sur les politiques de l’énergie à l’institut Jacques-Delors, « pour gagner sa souveraineté énergétique, l’Union européenne (UE) doit diversifier ses approvisionnements .



Lire aussi : Pénuries d’énergie et hausse des prix : Engie et EDF plutôt zen, mais TotalEnergies alarmiste

Objectif à moitié rempli, pour l’UE, qui importait 40,5 % de son gaz depuis la Russie en novembre 2021, contre 12,9 % en novembre 2022, selon la Commission européenne. En réaction à l’invasion russe en Ukraine, les Européens avaient décidé de restrictions sur l’importation d’hydrocarbures (pétrole et charbon) russes.

Mais plusieurs États membres, dont la Hongrie et l’Autriche, s’étaient opposés à faire de même pour le gaz. Ils n’auront finalement pas eu le choix. La Russie a coupé ses livraisons de gaz vers certains pays européens en 2022. Dans l’urgence, ils se sont approvisionnés ailleurs, notamment en gaz naturel liquéfié (GNL), pour se défaire du gaz naturel russe acheminé par gazoducs.

Une hausse de 143 % du GNL américain

Les importations européennes de GNL ont bondi de 60 % en 2022 par rapport à l’année précédente, selon l’Institut d’analyse économique et financière de l’énergie (IAEFE). Le GNL est une alternative au gaz traditionnel jugée séduisante car délivrée de contraintes liées au transfert par gazoduc. Le gaz est rendu liquide par refroidissement, permettant ensuite de faciliter son transport par voie maritime.

En dépit des annonces de volonté d’indépendance vis-à-vis de la Russie dans le contexte de la guerre en Ukraine, la France est devenue le premier destinataire européen de GNL russe en 2022, selon l’IAEFE. Avec l’Espagne et la Belgique, ses importations de GNL russe ont augmenté de 55 % par rapport à 2021. À l’échelle de l’UE, elles sont en hausse de 12 % sur un an.

Cependant, le premier fournisseur de l’UE en GNL reste les États-Unis. À partir de son gaz de schiste, le pays fournit 40,2 % des importations totales de GNL du vieux continent, selon Eurostat. Sur un an, les importations américaines en direction de l’Europe ont nettement augmenté de 143 %, indique l’IAEFE dans son rapport de janvier 2023.

Plus cher et polluant, le GNL est-il la solution ?

Mais quelles sont les conséquences de ce nouveau modèle ? Niveau tarif, « la comparaison entre le gaz naturel et le GNL est difficile […] mais la filière GNL est entre 30 et 40 % plus chère , explique Jacques Percebois, directeur du Centre de recherche en économie et droit de l’énergie à Montpellier.

Par ailleurs, « sur le GNL, il y a un système de surenchère , analyse Phuc-Vinh Nguyen de l’institut Jacques-Delors. L’approvisionnement par gazoduc dessert directement l’acheteur, tandis que le GNL, à la distribution plus flexible, sera vendu au plus offrant.

Lire aussi : La croisière fait-elle du greenwashing avec ses paquebots au GNL ?

Autre inconvénient : l’aspect environnemental. « Le GNL est beaucoup plus émetteur que le gaz transporté par gazoduc parce qu’il nécessite un gros processus de transformation. C’est énormément d’énergie , alerte Edina Ifticene, chargée de campagnes énergies fossiles à Greenpeace.

 Sur un temps un court, la seule solution est d’importer d’ailleurs, reconnaît-elle. Par contre il ne faut absolument pas investir dans de nouveaux projets d’extraction ni de nouvelles infrastructures, car cela nous engage pour des décennies.  Le GNL a toutefois permis d’éviter les pénuries l’hiver dernier.

Et à l’avenir ?

Si l’Union européenne a pu se passer de la Russie pour s’approvisionner en gaz l’an dernier, c’est aussi grâce à des températures hivernales clémentes. En cas d’hiver plus froid, se posera alors la question du recours au gaz russe.

L’Autriche importait encore 64 % de son gaz de Russie en avril 2023. « Il faudrait que l’on s’accorde sur une ligne de conduite à adopter, préconise Phuc-Vinh Nguyen. Et il faut l’anticiper plutôt que d’y réfléchir en plein hiver, dans l’urgence. »

Un autre paramètre pourrait assombrir le tableau : la reprise économique chinoise. L’augmentation de la demande chinoise ferait mécaniquement grimper les prix. « La Chine est en train de signer des contrats de long terme sur le GNL , indique Phuc-Vinh Nguyen, qui estime qu’elle pourrait même « le revendre à l’UE  à un tarif plus élevé.

Le chercheur recommande d’engager des actions pour réduire notre demande de gaz. Il évoque une augmentation de la production d’énergies renouvelables, l’accélération de la rénovation énergétique des bâtiments ou encore, un renforcement des mécanismes de solidarité entre les pays membres de l’UE.

logo illustration

Un morceau d'Histoire à conserver pour toujours

Les Unes historiques Ouest-France : trouvez la vôtre !

Ailleurs sur le Web Contenus Sponsorisés
Offres d'emploi
Les tops articles sur : Énergie

fermer

Toute l'actualité en continu sur l'application.
Installer

00:00 00:00
Logo Ouest-France

Pour une meilleure expérience de lecture, acceptez les cookies

Après refus des cookies :

Vous pouvez changer d’avis en cliquant sur “Modifier mes choix de cookies” en bas de page.