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Vol détourné en Biélorussie. Pourquoi sanctionner les personnalités du régime est une arme efficace

L’Union européenne a décidé lundi d’appliquer des sanctions à l’encontre des hauts dignitaires du pays présidé par Alexandre Loukachenko depuis 1994. Selon, Cyrille Bret, chercheur associé à l’Institut Jacques Delors, il s’agit d’une bonne option face à un régime clanique.

Alexandre Loukachenko dirige la Biélorussie depuis juillet 1994 et réprime depuis toutes les actions de l’opposition du pays.
Alexandre Loukachenko dirige la Biélorussie depuis juillet 1994 et réprime depuis toutes les actions de l’opposition du pays. | REUTERS
  • Alexandre Loukachenko dirige la Biélorussie depuis juillet 1994 et réprime depuis toutes les actions de l’opposition du pays.
    Alexandre Loukachenko dirige la Biélorussie depuis juillet 1994 et réprime depuis toutes les actions de l’opposition du pays. | REUTERS

Les dirigeants de l’Union européenne (UE) ont décidé lundi 24 mai 2021 de fermer leur espace aérien à la Biélorussie et d’adopter un nouveau train de sanctions contre le régime d’Alexandre Loukachenko, accusé d’avoir dérouté un avion de ligne européen vers Minsk pour arrêter un dissident, dont ils ont exigé la libération immédiate.

« Le tempo de ces sanctions est très satisfaisant », juge Cyrille Bret, chercheur associé à l’Institut Jacques Delors. Ces mesures ont été approuvées en effet rapidement. L’accord, préparé en amont par des consultations entre les capitales, a été annoncé deux heures après le début d’un sommet des Vingt-Sept organisé en présentiel sur deux journées à Bruxelles. « Ça montre que l’Union européenne est très réactive quand ses intérêts et ses principes sont bafoués. »

Il est ainsi demandé aux compagnies européennes de contourner l’espace aérien du Biélorussie. « Il faut encore aller plus loin et isoler complètement la Biélorussie », estime Cyrille Bret.

Emmanuel Macron ne voit pas d’autres sanctions possibles à court terme

Depuis Bruxelles, Emmanuel Macron a estimé « qu’il n’est pas si évident de voir des mesures beaucoup plus efficaces. Sauf à vouloir entrer dans un conflit plus direct, il n’y a pas de mesures plus efficaces », a déclaré le président de la République à la sortie du sommet européen mardi. « Nous avons décidé des mesures ciblées, sur des secteurs économiques les plus proches du pouvoir d’avoir des conséquences directes », a-t-il rappelé.

« On déclenche un conflit armé ? On rompt les relations ? On l’a déjà fait… La politique des sanctions progressives sur une situation gelée n’est plus efficace », a-t-il également jugé. « À très court terme, il n’y avait pas de sanctions plus efficaces. Les mesures de restrictions des vols sont extrêmement mordantes pour le régime » de Loukachenko a-t-il toutefois déclaré.

Plus globalement, Emmanuel Macron voit « un moment de vérité avec la Russie », qui est aussi visée par des sanctions européennes, « qui nous pousse à redéfinir notre relation. Pour moi il ne s’agit que d’une étape. »

Des sanctions ciblées, une menace adaptée

L’adoption rapide de nouvelles sanctions ciblées contre des responsables du régime et des entités d’État et l’examen de mesures économiques supplémentaires ont été réclamés par les dirigeants européens. L’UE a déjà inscrit sur sa liste noire 88 membres du régime, dont le président Alexandre Loukachenko, et sept entités d’État.

Un type de sanctions qui a déjà été utilisé contre des personnalités politiques en Russie. « Ça a placé dans la difficulté beaucoup de personnalités russes et ça a surtout des effets dans la durée », selon Cyrille Bret. Dans le cas de la Biélorussie, le chercheur associé à l’Institut Jacques Delors estime que « c’est extrêmement adapté puisque c’est un régime clanique et oligarchique. Donc, il faut absolument saisir les avoirs et empêcher de circuler les responsables de cette répression féroce contre l’opposition démocratique. Quand le pouvoir est très concentré, ce qui est le cas en Biélorussie, c’est comme ça qu’il faut procéder. »

Interdire les exportations biélorusses dans l’UE ne serait en revanche pas aussi efficace selon ce chercheur associé à l’Institut Jacques Delors, car « le poids économique de la Biélorussie et de ses groupes d’État est dérisoire dans l’Union européenne. L’impact pour la Biélorussie sera minime puisque son principal débouché est la Russie. »

Comment protéger les opposants biélorusses ?

Roman Protassevitch, journaliste d’opposition de 26 ans, et sa compagne Sofia Sapéga se trouvaient à bord du Boeing de Ryanair reliant Athènes à Vilnius quand son avion a été dérouté dimanche sur Minsk après une fausse alerte à la bombe. Ils ont été arrêtés à l’aéroport et le jeune homme est désormais détenu à Minsk, la capitale. Roman Protassevitch est un ancien rédacteur en chef de l’influent média d’opposition Nexta.

Selon Svetlana Tikhanovskaïa, la figure de l’opposition biélorusse en exil en Lituanie, il risque la « peine de mort » que la Biélorussie est le dernier pays en Europe à appliquer. Dans une vidéo digne des procès staliniens diffusée lundi, Roman Protassevitch a dit être passé « aux aveux » .

« L’Union européenne doit désormais mettre en place son propre régime d’asile politique pour les opposants à ce régime autoritaire qui sont menacés pour leur action en faveur de la démocratie et ne plus se reposer sur les États membres », selon Cyrille Bret. « Tant que ce seront les Lituaniens, Baltes ou Polonais qui soutiendront les opposants biélorusses, ça restera une affaire régionale », juge ce chercheur. « Il faut que les Européens comprennent que c’est un vrai danger pour les Européens et pas seulement pour les opposants à Loukachenko. »

Ce mardi, le dirigeant d’un parti d’opposition en Biélorussie, Pavel Severinets, et six autres militants ont été condamnés à des peines allant de 4 à 7 ans de prison.

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