Bruxelles, 28 novembre 2000 – Réunifier l’Europe

Séminaire organisé à Bruxelles en collaboration avec la Fondation Lucchini (Brescia).
Egalement disponible en italien.


AVANT-PROPOS DE JACQUES DELORS

Notre Europe s’honore d’avoir pu, gr ce à l’appui de la Fondation Lucchini, réaliser cette rencontre sur le thème ambitieux : « Réunifier ‘Europe ». Ambitieux, parce que nous nous sommes interdit la facilité trop répandue de ne parler que des institutions de l’Union élargie. Au contraire, nous avons voulu tracer le cadre de ce que seront les problèmes réels d’une telle Union.

Le résultat, gr ce au concours d’experts talentueux, s’écarte sensiblement du schéma mécaniste qui prévaut trop souvent : l’élargissement consisterait à organiser la reprise de l’acquis communautaire par des pays candidats réduits au rôle de catéchumènes, en ménageant les transitions nécessaires et en faisant en sorte que le tout soit le moins coûteux possible. Ce qui ressort de nos travaux est au contraire que l’Union européenne ne s’en tirera pas à si bon compte. Elle ne pourra s’épargner de s’interroger sur ses finalités et son projet, qu’il s’agisse de repenser sa place dans un monde globalisé, de réaliser -enfin- la liberté d’aller et venir pour ses citoyens sans négliger ni instrumentaliser leur prétention légitime à la sécurité, ou de revisiter les équilibres sociaux et territoriaux qui fondent son modèle de développement. Paradoxalement, lorsqu’il s’agit de remettre en cause les certitudes acquises, les pays candidats ont une solide longueur d »avance.

Cet inventaire est aussi celui des immenses défis que devra assumer l’Union élargie : le développement et la convergence des économies, la consolidation des mécanismes de l’État de droit, le traitement des minorités, la maîtrise des flux migratoires, les partenariats à nouer avec les nouveaux pays frontaliers, etc. Soyons clairs : tout ceci aura un coût, et il sera probablement considérable. L’équation financière de l’élargissement ne saura se limiter à  l’extension des mécanismes de la PAC et des fonds structurels, sauf à passer à côté de la réalité des besoins. Mais ce coût n’est pas celui d’un geste de pure solidarité : il est le prix à  payer pour la réussite d’un projet géopolitique considérable, dans lequel l’Europe peut trouver un nouvel élan.

A l’heure où le Conseil européen de Nice vient de donner, de façon précise, le signal de l’élargissement, il est clair que le débat public sur ces questions va devoir s’ouvrir. Je suis fier que Notre Europe ait pu contribuer à en tracer les contours et j’en remercie tous ceux qui nous y ont aidé, sans oublier Marjorie Jouen qui en a fait le point d’aboutissement d’une année de réflexions approfondies.

L'événement est terminé.

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