2026, l’heure des choix européens
Infolettre janvier 2026

Et bien voilà ! L’année 2026 n’avait pas commencé depuis plus de trois jours que déjà Donald Trump imposait à nouveau son agenda disruptif à l’ensemble de la planète. L’étape suivante pourrait être le Groenland dans une vingtaine de jour parait-il. Que ferons-nous alors ? Certainement pas la guerre contre les États-Unis. Mais comment alors dissuader le président américain de passer à l’acte si telle était son intention ?
Au début des années 1990, l’un de mes premiers cours d’économie internationale évoquait la « triade » : cette structuration de l’économie mondiale autour de trois pôles dominants — les États-Unis, le Japon et l’Union européenne. La fin de la guerre froide ouvrait alors une séquence nouvelle, celle de la mondialisation, porteuse de promesses, d’émergence et de développement économique. Aujourd’hui, une autre triade semble se dessiner. Elle n’est plus fondée sur l’interdépendance économique, le commerce et l’ouverture mais sur la loi du plus fort et des empires. Les États-Unis, la Chine et la Russie ont en commun de faire de la puissance, de l’intimidation et des zones d’influence le cœur de leur stratégie. Ils redessinent leur emprise au gré de leurs intérêts économiques et stratégiques, sans se soucier des règles, ni des principes qui ont longtemps structuré l’ordre international.
Parce que l’Europe pourrait bien être la prochaine victime de ces puissances autoritaires, unies dans leur détestation de ce qu’est l’Union européenne aujourd’hui : un projet fondé sur le droit, la coopération et la limitation volontaire de la puissance brute, elle doit réagir vite. Les citoyens européens ne s’y trompent pas. Eurobaromètre après eurobaromètre, ils plébiscitent l’Union mais peinent à comprendre les hésitations et faiblesses européennes.
Il y a trente-sept ans, jour pour jour, Jacques Delors lançait un avertissement resté célèbre devant le Parlement européen : « L’Europe exige plus de cohésion, plus de sens des responsabilités, plus d’initiatives. L’Histoire frappe à notre porte. Allons-nous faire comme si nous étions sourds ? » Il continuait en questionnant : « Comment fera-t-on l’Europe si ceux qui travaillent, produisent, innovent et créent n’en sont pas les premiers acteurs ? Comment fera-t-on l’Europe si la recherche reste fragmentée, si la jeunesse ne s’y projette pas, si l’ambition collective cède à la somme des intérêts nationaux ?
Pour rappel par ailleurs, en dehors des États-Unis, de la Chine et de la Russie, le reste du monde représente les trois quarts de la population mondiale et plus de la moitié des richesses produites. Il n’y a donc pas de fatalité à laisser s’imposer cette nouvelle triade et l’Union européenne a, par ce qu’elle est et par ce qu’elle représente, toute la légitimité et la crédibilité nécessaires pour fédérer autour d’un autre chemin — à condition qu’elle y croie elle-même et qu’elle soit prête à l’affirmer haut et fort.
2026 s’ouvre sans illusion, mais non sans responsabilité. Après une année 2025 marquée par l’accumulation des chocs et l’accélération des rivalités géopolitiques, l’Union européenne entre dans une phase décisive. Le diagnostic est désormais partagé. La seule question qui demeure plus que jamais est celle du choix : celui de l’affirmation ou du renoncement.
Les outils existent. Les doctrines émergent. Les priorités sont connues – défense, industrie, transition, compétitivité mais aussi d’autres priorités directement liées aux attentes des citoyens, comme la lutte contre les inégalités sociales, l’inclusion ou l’accès au logement. Ces dernières couplées à notre engagement vers la neutralité carbone constituent qui plus est autant d’atouts d’un soft power européen plus que jamais utile dans l’indispensable rapport de force international.
C’est à cette aune que s’inscrivent et continueront à s’inscrire nos travaux et nos analyses afin de mieux comprendre les rapports de force à l’œuvre, éclairer les choix qui s’imposent, et nourrir un débat européen qui ne peut plus se satisfaire de demi-mesures. Plus que jamais, nous aurons besoin de vous et de votre soutien, nous venons de lancer une nouvelle campagne de dons. Nous comptons sur vous.
Toute l’équipe de l’Institut se joint à moi pour vous souhaiter une année 2026 lucide et exigeante – une année où les choix l’emporteront enfin sur les renoncements.
Bonne année à vous tous et bonne lecture.
