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Climat, défense, souveraineté, compétitivité, pouvoir d’achat… Les Européens au milieu du gué

Infolettre mars 2024

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Citer cet article
Matelly, S. « Climat, défense, souveraineté, compétitivité, pouvoir d’achat… Les Européens au milieu du gué », Infolettre, Paris : Institut Jacques Delors, mars 2024


Quand une mandature s’achève l’heure est au bilan et concernant les 5 ans qui nous séparent des précédentes élections en 2019, force est de constater que le bilan est au moins aussi inattendu qu’impressionnant. Il suffit de relire le rapport « Réflexions et scénarios pour l’UE27 d’ici à 2025 », publié en 2017 par le Président de la Commission européenne de l’époque, Jean-Claude Juncker, pour s’en rendre compte. Visant de sortir l’Europe du marasme dans lequel elle se trouvait alors, sur les 5 scénarios proposés, un seul envisageait de faire mieux tous ensemble, les autres (statu quo, rien de plus que le marché unique, coopération volontaire ou faire moins mais mieux) actaient la grande difficulté des Etats à avancer sur un nombre croissant de dossiers et la nécessité peut-être de faire une pause.

C’était 2 ans avant les dernières élections du parlement européen qui allaient consacrer l’une des plus forte mobilisation de l’électorat et donner un réel élan au pacte vert. C’était aussi 3 ans avant la pandémie de Covid qui allait pousser les Européens à innover tant sur la gestion européenne de la pandémie que de la crise économique qui en découlait et envisager un endettement commun pour mettre en œuvre le NextGenerationEU. C’était enfin 5 ans avant le retour d’une guerre de haute intensité aux portes de l’Union qui allait enfin convaincre les Européens d’accélérer les négociations en vue de nouveaux élargissements mais aussi d’accroître leurs investissements dans leur défense et de se doter d’instruments innovants pour accroître la production européenne d’équipements de défense.

L’Institut Jacques Delors a suivi cet intense moment au plus près et les publications de ce dernier mois en sont une illustration. Le rapport d’Isabelle Marchais sur le rôle international du Parlement qui, bien qu’étroitement encadré par les traités, n’en demeure pas moins significatif eu égard à l’importance des normes européennes  dans les règlementations nationales. Jacob Kean-Hammerson et Geneviève Pons de Europe Jacques Delors à Bruxelles expliquent combien en tant qu’acteur international majeur, l’Union européenne a un rôle central à jouer pour obtenir des résultats dans les négociations sur le traité sur les matières plastiques. Cyrille Bret, quant à lui, souligne combien après 2 ans de guerre en Ukraine, la posture stratégique de l’UE s’est radicalement transformée. L’infographie de Camille Defard et Phuc-Vinh Nguyen nous rappelle combien l’ambition européenne de neutralité carbone, explicitée dans le Pacte vert et réaffirmé dans l’ajustement à l’objectif 55 (FitFor55) est forte et implique des changements majeurs, des investissements inédits et des instruments innovants.

Et pourtant, malgré ces avancées, Bruno Cautrès et Thierry Chopin mettent en évidence les attentes mais aussi les inquiétudes persistantes des citoyens européens rappelant que l’Union européenne a eu beau être particulièrement active et déterminée sur un certain nombre de dossiers, elle n’est encore qu’au milieu du gué. Non seulement, elle doit assurer la poursuite et la mise en œuvre des chantiers entrepris (climat et transition énergétique, défense, souveraineté et sécurité économique, pouvoir d’achat et social etc.) mais aussi anticiper les prochains défis (vieillissement de la population dont la tendance s’accélère ; compétitivité et croissance économique avec un écart qui se creuse avec les autres économies etc.). Les institutions devront aussi trouver une voie pour créer de la cohérence entre toutes ces politiques et tous ces défis sans pour autant complexifier les dossiers. En d’autres termes, elles devront dans les années qui viennent parvenir à articuler/coordonner les différents projets et initiatives pour qu’ils ne se concurrencent pas mais au contraire puissent se révéler complémentaire et amplificateurs d’intégration. C’est également le constat que dresse Nils Redeker du Jacques Delors Centre à Berlin dans son analyse sur le Net-zero Industry Act, censé répondre à l’Inflation reduction Act américain. Il y regrette que l’UE ne parvienne pas à formuler des priorités significatives en matière de politique industrielle ou encore, qu’elle ne dispose pas des leviers réglementaires pour soutenir les entreprises et de la puissance de feu financière nécessaire pour tirer parti de l’ampleur du marché européen.

Et c’est là qu’interviennent les prochaines élections car contrairement à ce que tente de nous faire croire certains partis politiques, certains sondages ou médias, les européens sont plus convaincus que par le passé que le niveau européen est plus à  même que les niveaux nationaux de relever tous ces défis. Mais de ce fait même, les choix que feront les électeurs seront décisifs de l’Europe dans laquelle nous vivrons demain et après-demain, des politiques qui conduiront à chercher à avancer soit de manière coordonnée et pragmatique, soit au contraire, fragmentée et dogmatique. Face au changement climatique, au déficit de compétitivité, aux enjeux de sécurité, au vieillissement de la population européenne, aux inégalités croissantes, aux relations du continent avec le reste du monde etc., les visions et les sensibilités et les propositions sont très différentes d’une liste à l’autre. Il est d’ailleurs intéressant de noter que ce ne sont pas tant les pays européens qui se divisent mais bien les tendances et les partis politiques d’où l’importance de ce scrutin européen.

Sylvie Matelly

Directrice de l’Institut Jacques Delors

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