Policy Paper 138
 

Intégration régionale et cohésion sociale : l’expérience européenne

L’UE est souvent considérée comme un modèle d’intégration pour d’autres régions du monde. Mais peut-on tirer des leçons de la manière dont elle traite les questions de cohésion sociale ? Il s’agit de la question analysée ici par E. Rubio.

|   25/06/2015             |   Eulalia Rubio             |   Travail et affaires sociales
Policy Paper

L’UE est généralement considérée comme un modèle d’intégration pour d’autres régions du monde. Mais peut-on tirer des leçons de la manière dont elle traite les questions de cohésion sociale ?

 

Il s’agit de la question analysée dans ce Policy paper par Eulalia. Rubio, qui a servi de base de discussion lors d’une conférence latino-américaine de haut niveau sur la cohésion sociale, organisée par le Sénat chilien et le programme Eurosocial.

 

 

Quatre conclusions majeures peuvent être tirées de ce Policy paper.

 

– Premièrement, l’histoire du projet européen révèle que l’intégration régionale ne peut se limiter au domaine économique. La décision d’intégrer des économies nationales, même à un degré modéré, a des effets d’engrenage sur les domaines autres qu’économiques. Un minimum d’harmonisation et de convergence des politiques est ainsi nécessaire pour garantir que le processus bénéficie à tous les pays et à la majorité des citoyens concernés.

 

– Deuxièmement, outre les raisons économiques, ce qui explique la grande implication de l’UE dans le domaine social au fil des années est le fort attachement des citoyens européens à leurs systèmes de protection sociale et à un modèle réglementé de capitalisme de marché. Il reste à voir si ces conditions sont réunies dans d’autres expériences d’intégration régionale.

 

– Troisièmement, les interventions supra-nationales dans le domaine social doivent être respectueuses et/ou compatibles avec l’existence de diverses préférences en termes de politiques sociales et de systèmes nationaux de protection sociale. Cela incite tout particulièrement à recourir à l’utilisation de formes “souples” de gouvernance et de différenciation.

 

– Enfin, une fois que le projet d’intégration régionale atteint un certain degré de maturité, et a donc des effets d’engrenage sur des domaines politiques sensibles (tels que les politiques budgétaires ou les systèmes de protection sociale), il est essentiel d’impliquer les citoyens. La construction européenne a été pendant longtemps un projet piloté par les élites, dans un contexte d’indifférence des opinions publiques européennes (ou, selon la terminologie utilisée dans des études européennes, dans un contexte de “consensus permissif”). Cependant, aujourd’hui, convaincre les opinions publiques des bénéfices de l’appartenance à l’UE et leur permettre d’avoir leur mot à dire sur le processus d’intégration est devenu crucial pour garantir l’avenir du projet européen.