Les futurs élargissements face au défi des opinions publiques dans les États membres de l’Union européenne

Après une période de « fatigue », l’invasion militaire de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, a relancé l’élargissement de l’Union européenne (UE).
En près de quatre ans, le processus a avancé davantage que lors des quinze années précédentes. Une série de décisions des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE a permis de redynamiser la relation avec les « anciens » candidats des Balkans occidentaux (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine du Nord, Monténégro et Serbie ) et d’étendre le processus à deux pays d’Europe orientale (Moldavie et Ukraine).
Dans le cas du Monténégro et de l’Albanie, les négociations sont avancées, au point d’envisager la possibilité d’une adhésion à la fin de la décennie. Mais entrer dans l’Union européenne ne se résume pas à finaliser des chapitres de négociation en vue d’un traité d’adhésion. Ce traité doit ensuite être approuvé par le Parlement européen, ratifié par l’Etat candidat et par les 27 Etats membres de l’UE, soit par la voie parlementaire, soit par celle d’un référendum.
Le soutien des opinions publiques dans chaque Etat membre est donc un sujet aussi fondamental que la finalisation des négociations.
Dans un contexte où l’UE est contestée dans ses principes par des forces politiques de plus en plus organisées, il serait imprudent d’exclure tout rejet de ratification par un Etat membre. Il est important que les gouvernements des Vingt-Sept préparent des stratégies de communication sur l’élargissement dès maintenant et que les Etats candidats aient à l’égard des Etats membres des diplomaties bilatérales visant à convaincre sur l’apport de leur adhésion à l’UE. Pour l’instant, les débats de société sur les élargissements futurs apparaissent faibles dans tous les Etats membres. Les gouvernements se concentrent sur les négociations d’adhésion -celles qui engagent au quotidien les experts – mais se soucient peu de communiquer envers leurs opinions publiques. Une fois encore, ce manque de débat n’est pas particulier à la France.
Le phénomène est ressorti des séminaires qu’ont tenu en 2025 le Centre Grande Europe de l’Institut Jacques Delors et le Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po. Cette note constitue une synthèse des échanges avec des invités de sept Etats membres (Allemagne, Autriche, Irlande, Italie, Pologne, République tchèque et Suède). Elle procède aussi à des recommandations, en vue de ne pas rater l’étape finale de l’élargissement que représentent les ratifications nationales.
En effet, un refus de la part d’un Etat membre remettrait non seulement en cause plusieurs années de négociations entre l’Etat candidat en question et l’UE, mais créerait également des dommages politiques profonds et durables, aux antipodes des objectifs même su projet européen. Au lieu de réunir, un tel scénario verrait les peuples européens dressés les uns contre les autres, a fortiori si le rejet résultait d’un référendum dans un Etat membre.





