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11/05/26

L’Europe dépendante, otage et proie : Les illusions perdues dans ses voisinages

L’Europe dépendante, otage et proie : Les illusions perdues dans ses voisinages

L’Europe a su répondre à la chute du Mur de Berlin et à la dissolution de l’URSS par l’intégration pacifique des pays d’Europe centrale. Et pour éviter que leur prospérité ne créé de nouvelles lignes de partage, l’Europe a lancé en 2004 la politique de voisinage avec ses voisins orientaux, étendue aux riverains sud de la Méditerranée. Grisée par le succès de son grand élargissement, elle offrit aussi une « perspective européenne » aux Balkans occidentaux et ouvrit les négociations d’adhésion avec la Croatie et la Turquie.

L’optimisme était de mise, porté par la conviction qu’avec le soft power européen, la démocratie libérale et l’économie de marché allaient se répandre sur le continent dans un mouvement irrépressible marquant la fin de l’Histoire. Mais celle-ci n’allait pas tarder à faire son grand retour en Ukraine comme au Proche-Orient.

Et l’on ne prévoyait pas alors « la revanche des passions » au cœur même de l’Europe et de ses voisinages. Renforcée par les crises et l’illibéralisme de Viktor Orban. Manipulation de l’histoire et victimisation, ou le populisme contre l’Europe. Crises qui allaient provoquer un ressentiment contre l’Europe libérale, et décadente pour certains, avec repli identitaire et nationaliste. Illusions perdues d’une Europe souvent divisée où la faiblesse de la politique étrangère et de défense est bien le péché majeur.

Les politiques d’élargissement et de voisinage se sont fracassées sur les fractures internes de l’Union et sur ses dépendances face à l’agression russe, à l’irruption spectaculaire de la Chine et à l’idéologie de Trump II. De Kiev à Erevan, d’Ankara à Belgrade, de Tunis à Tel-Aviv, les illusions se sont dissipées. Au sud, où le non-alignement actif triomphe, le poids de l’Europe s’est affaibli. Le livre parcourt les différents voisinages pour en analyser les évolutions. Dans ces conditions, comment l’Ukraine peut-elle adhérer à l’UE ? Faut-il en finir avec l’adhésion de la Turquie ? Pourquoi les Balkans occidentaux font-ils toujours antichambre ? Et surtout pourquoi le grand silence de l’Europe face au conflit israélo-palestinien ?

Devenue vassale de Washington, otage de Moscou et proie de la Chine, l’Europe doit se réinventer. Pierre Mirel ouvre des pistes, et en confirme d’autres, pour un changement profond : reconquête de la souveraineté, création d’un véritable pilier européen dans l’Otan, développement d’une culture stratégique commune pour dépasser intérêts et divisions, défense du modèle européen, adhésions conduites selon un processus graduel et refonte de la gouvernance.

Pierre Mirel a exercé diverses responsabilités au sein de la Commission européenne liées aux adhésions de l’Europe centrale, de la Turquie et des Balkans. Il a résidé trois ans en Egypte. Il a enseigné les politiques d’élargissement et de voisinage à Sciences Po-Paris avec Jacques Rupnik. Il est conseiller au Centre Grande Europe de l’Institut Jacques Delors.