Rapports
 

L’Europe et ses think tanks: un potentiel inaccompli

Cette enquête sur les think tanks spécialistes de l’Europe dans les 25 pays de l’Union trace est une première. Elle trace le portrait d’un secteur encore méconnu dans l’espace communautaire et à la recherche d’un nouveau modèle de fonctionnement en examinant 149 think tanks s’intéressant particulièrement aux questions européennes, spécialistes ou généralistes.

Rapports

AVANT-PROPOS DE JACQUES DELORS

 

Il est toujours intéressant d’observer l’entrée progressive d’un terme sur la scène politique et médiatique européenne. Celui de « think tank » – qui n’a pas encore trouvé en français d’autres équivalents que sa traduction littérale, « réservoir de pensées », ou la version un peu réductrice de « laboratoire d’idées » – semble en voie d’acquérir ses lettres de noblesse dans le champ lexical (d’aucuns diraient jargon) de la sphère européenne.

Paradoxalement, on a très peu « pensé » le phénomène – relativement récent – du développement des think tanks en Europe. En se penchant sur ceux qui sont établis dans les 25 Etats membres de l’Union Européenne et qui s’intéressent à l’analyse des institutions et des politiques de l’Union, ce travail cherche à défricher un terrain encore largement vierge.

L’exercice a été mené par une équipe de chercheurs extérieurs sous la direction de Stephen Boucher. Il n’est pas, bien sûr, étranger à une volonté d’auto-questionnement sur le rôle que peut avoir aujourd’hui une organisation telle que Notre Europe. Mais il va largement au-delà en présentant le panorama le plus exhaustif possible du paysage des think tanks dans l’UE, tant d’un point de vue descriptif (quelle mission, quelles activités, quelles ressources ?) que d’un point de vue analytique (quelles forces, quelles faiblesses, quelle influence, quels défis, quelles pistes pour l’avenir ?).

Dans cet enchevêtrement complexe aux équilibres fragiles que sont aujourd’hui nos démocraties d’opinion publique, les groupements qui se consacrent à la recherche indépendante et à la formulation de propositions de politiques publiques innovantes ne sont-ils pas devenus des maillons indispensables ? N’ont-ils pas dès lors le devoir de (re)penser leur action ? Cette question n’est-elle pas encore plus pertinente dans le cadre de l’Union européenne depuis trop longtemps critiquée pour le manque d’adhésion de ses citoyens, pour ce que l’on appelle – un peu trop hâtivement sans doute – le déficit démocratique européen ? Les think tanks ont-ils un avenir florissant devant eux ? Seront-ils des cercles fermés d’influence ou des architectes de la démocratie européenne ?

Comment concilieront-ils rigueur scientifique et impératifs de communication ? Comment relèveront-ils le défi de leur « européanisation » tant dans leur organisation interne que dans les collaborations transnationales ? Voilà quelques questions sur lesquelles Notre Europe souhaitait apporter un éclairage, avec l’ambition de contribuer au développement du secteur et d’ouvrir la voie à d’autres sujets de recherche dans ce domaine. Avec 10 nouveaux Etats membres et la perspective d’autres adhésions, l’Union européenne vit sans doute la plus grande mutation de son histoire et devra plus que jamais puiser dans son « réservoir de pensées ».

Je crois que cette analyse des think tanks intéressera les observateurs comme les acteurs de la construction européenne, ceux qui savent que tout grand projet commence par une idée qui ouvre le chemin.