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L’influence française au Parlement européen: l’autre enjeu des élections européennes

Chronique publiée en partenariat avec L’Opinion

A deux mois des élections européennes, l’enjeu de l’influence de la France au Parlement européen doit susciter une attention accrue.

L’élection des eurodéputés suit en effet une logique proportionnelle qui fait des groupes politiques et de leur coopération constante une variable essentielle du fonctionnement du Parlement européen. La mise à disposition de moyens techniques (collaborateurs, secrétariat, budget, etc.) ainsi que l’attribution du temps de parole sont fonction de la taille du groupe. Il en est de même pour l’accession aux principaux postes de responsabilités (vice-présidences et questure du Parlement européen, présidences et vice-présidences des commissions parlementaires et délégations, etc.), ainsi que pour l’accès aux fonctions clés de rapporteur et de coordinateur dans les commissions, notamment dans les commissions dites « législatives » et en particulier à vocation économique.

En conséquence, l’influence de la France au sein du Parlement européen se mesure notamment à la capacité de ses eurodéputés à se rassembler au sein des groupes numériquement les plus importants participant aux coalitions majoritaires.

Dans le cadre de la législature 2019-2024, caractérisée par la nécessité pour les principales forces politiques  – centre-droit, centre-gauche et libéraux – de coopérer pour prendre des décisions législatives et budgétaires, la situation de l’influence institutionnelle de la France est mitigée : présence d’eurodéputés français très faible, au regard du poids de la France, au sein des deux principaux groupes politiques – PPE où siègent les eurodéputés LR et S&D où siègent les élus socialistes – ; faiblesse néanmoins contrebalancée par le fait que la délégation française était la plus importante délégation nationale au sein de Renew Europe (Renaissance), troisième force politique et « faiseur de roi » dans l’actuelle législature.

Les projections actuelles pour le prochain Parlement européen suggèrent que le centre-droit, le centre-gauche et les libéraux seraient en mesure de continuer à gouverner cette institution mais que cette grande coalition majoritaire serait affaiblie en raison notamment de la relégation à la 4e voire à la 5e place des libéraux de Renew. L’extrême droite d’Identité et démocratie (ID, où siègent les élus du Rassemblement national) pourrait devenir le troisième groupe politique, ce qui aurait des conséquences sur l’attribution de postes de responsabilité, dans un contexte où le cordon sanitaire actuellement à l’œuvre ne pourrait sans doute plus être maintenu. La présence des élus français au sein du PPE (où les délégations allemande et polonaise seraient dominantes) et du groupe S&D resterait faible (même avec un nombre d’élus a priori plus important pour les socialistes) et baisserait de manière sensible s’agissant de Renew, tandis que les élus du RN constitueraient l’une des principales délégations nationales d’ID, groupe politique certes renforcé mais qui ne se retrouverait que rarement dans les coalitions majoritaires gagnantes.

Au-delà des partis politiques, les électeurs ont un rôle clé à jouer pour enrayer le risque de déclin de l’influence française dans le prochain Parlement européen. En France, les élections européennes ont jusqu’ici été marquées par un taux de participation relativement faible, tournant autour de 50 %. Cette faible participation produit des effets négatifs du point de vue de l’influence française à Strasbourg et Bruxelles dans la mesure où elle favorise mécaniquement les partis protestataires dont l’électorat a tendance à se mobiliser davantage. Les abstentionnistes qui auraient choisi de voter pour des représentants appelés à siéger au sein des groupes politiques qui pèsent au Parlement européen au sein des coalitions majoritaires doivent donc savoir que leur non-vote contribuerait en partie à l’affaiblissement de la capacité de la France à peser au sein de l’Assemblée de Strasbourg. En outre, les électeurs doivent avoir conscience que des décisions essentielles y sont adoptées : les risques d’un éparpillement des voix et le caractère souvent contre-productif du vote contestataire, qui se retrouvent traditionnellement aux élections européennes, ne sauraient ainsi être sans conséquences dommageables pour l’influence de la France au sein du prochain Parlement européen.