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19/10/26

L’Union européenne, le Royaume-Uni, et la défense : Pour un partenariat stratégique

La nécessité d’une relation entre le Royaume-Uni (RU) et l’Union européenne (UE) dans le domaine de la défense évolue au fur et à mesure que l’environnement sécuritaire européen se transforme, que l’UE acquiert des compétences en la matière, et que le gouvernement britannique évalue favorablement les bénéfices d’un rapprochement avec l’UE.

De leur côté, l’Union européenne et ses États membres sont raisonnablement ouverts à l’idée d’une coopération renouvelée avec le Royaume-Uni, qui offre des capacités militaires et industrielles évidentes. La guerre en Ukraine a d’ailleurs fourni le cadre d’une coopération réussie entre les deux acteurs.

Dans ce contexte, UE et Royaume-Uni ont signé le 19 mai 2025 un Partenariat en matière de Sécurité et de Défense qui doit favoriser une relance de la relation, en préconisant une plus grande coopération dans les domaines du dialogue stratégique, de la Politique de sécurité et de Défense commune (PSDC) et de l’industrie de défense.

Du côté britannique, ceci relève du reset de la relation entre le RU et l’UE appelé de ses voeux par le Premier ministre Keir Starmer peu après son arrivée au pouvoir à l’été 2024.

Près de dix-huit mois après la signature du Partenariat pourtant, la relation entre les deux entités n’a pas avancé conformément aux attentes, et ne traduit pas un Partenariat de niveau stratégique, lequel n’est semble-t-il la priorité ni de l’UE ni du Royaume-Uni.

Un dialogue à différents niveaux a été lancé et la participation du Royaume-Uni au projet de Coopération structurée permanente (CSP) de Mobilité militaire a été relancée, mais l’inertie dans la coopération sur la PSDC ou avec l’Agence européenne de défense (AED), et bien sûr l’échec de la négociation sur le Programme Security Action for Europe (SAFE), sont davantage les signes d’un reset à la peine que d’une relance mutuellement bénéfique de la coopération.

Les raisons des blocages sont identifiées, entre un Royaume-Uni finalement principalement intéressé par les projets européens liés à l’industrie de défense plutôt que par la PSDC, et qui semble vouloir prendre plutôt que donner, et une UE (et ses États membres) ouverte au rapprochement mais soucieuse de s’en tenir à ses règles strictes de partenariat avec ses pays tiers, et de ne pas ouvrir la porte à une « Europe à la carte ».

Dans ce contexte, la coopération entre le Royaume-Uni et l’UE doit rester une priorité pour deux acteurs qui ont besoin l’un de l’autre à l’heure de l’agressivité russe et de l’« abandon » américain.

Ainsi doivent-ils aller dans le sens d’une socialisation renouvelée, de l’ouverture de canaux de coopération plus institutionnalisés et d’un partenariat opérationnel plus affirmé, efforts indispensables à leurs essors et crédibilités respectifs dans le domaine de la défense, y compris dans le champ industriel.

Au-delà, la question se pose de l’adéquation du Partenariat Sécurité Défense aux enjeux sécuritaires du moment. Les deux acteurs ont tous deux de bonnes raisons d’être frileux dans leurs relations de défense, et certains États européens ont par ailleurs des relations bilatérales substantielles avec le Royaume-Uni. Mais l’environnement sécuritaire actuel est d’une nature inédite, et si la perspective d’une confrontation directe avec la Russie est crédible, alors ne faut-il pas, en retour, concevoir un partenariat de défense entre l’UE et le Royaume-Uni à la hauteur de cet enjeu ?

A moyen terme, c’est l’idée d’un véritable partenariat stratégique « sur mesure » entre l’UE et le RU qui mériterait d’être discutée, et mise en place. Un partenariat véritablement stratégique dans la mesure où il permettrait de répondre à l’urgence posée par Messieurs Poutine et Trump, et de traiter de questions plus larges que celles contenues dans le Partenariat Sécurité Défense.

La mise en place de ce partenariat nécessiterait que la porte de l’UE soit plus ouverte et que le Royaume-Uni soit plus résolu à la pousser. Mais surtout que les deux acteurs reconnaissent que, concomitamment à ce qu’ils font sur les plans national, bilatéral ou au sein de l’OTAN, leur partenariat est aussi un élément essentiel de la réponse aux défis stratégiques contemporains.