Décryptage

Que reste-t-il du « groupe de Visegrád » ?

Il y a trente ans, une déclaration signée par les présidents de la Hongrie, de la Pologne et de la Tchécoslovaquie engageait ces pays sur la voie de coopération et de bon voisinage face notamment aux défis de la transition post-communiste et de l’adhésion à l’UE et à l’OTAN. Quel bilan pouvons-nous dresser pour ce « processus de Visegrád » ?

Introduction : 1990 – 2021,deux visages d’Europe centrale

Relire aujourd’hui le texte de la Déclaration de Visegrád, signée le 15 février 1991 dans une petite ville hongroise proche de la frontière avec la Slovaquie, c’est une excellente manière de mesurer l’écart qui sépare l’Europe centrale version 1989 de celle de 2021, pour le meilleur comme pour le pire. Pour le meilleur : les objectifs communs énumérés au début de la déclaration ont été très largement atteints dès 1999-2004 et les trois décennies écoulées ont été sans conteste la période la plus faste pour la liberté, la démocratie et la coopération pacifique dans toute l’histoire des pays concernés. Pour le pire : à lire ce texte rédigé par trois anciens dissidents – József Antall, Lech Wałęsa et Václav Havel – devenus présidents et cherchant à engager leurs pays sur la voie de la démocratie libérale et de la construction européenne, on ne peut s’empêcher de relever des formulations que les gouvernants hongrois ou polonais rechigneraient aujourd’hui à signer : l’insistance sur le projet européen dans sa dimension politique fondée sur des valeurs communes, telles que l’État de droit, la tolérance ou le rejet du nationalisme, ou encore sur l’importance du rôle de la société civile…

Au-delà du texte, la comparaison entre les figures des fondateurs du groupe de Visegrád (V3, puis V4) et les personnalités politiques clés qui représentent ce même groupe aujourd’hui est saisissante. Si Viktor Orbán revendique une filiation avec József Antall, la différence entre les positions et la pratique politiques de ce dernier au début des années 1990 et les orientations adoptées et développées par Viktor Orbán depuis 2010 est profonde, cette filiation revendiquée apparaissant alors aussi peu convaincante que celle que le premier ministre hongrois revendique à l’égard de Helmut Kohl. En Pologne, un vieux conflit frontal, à la fois politique et personnel, oppose Jarosław Kaczyński à Lech Wałęsa. Enfin, côté tchèque et slovaque, il est difficile de trouver des profils humains et politiques plus différents de Václav Havel que ceux que présentent, chacun à sa façon, le président et le premier ministre tchèques, Miloš Zeman et Andrej Babiš, ou le premier ministre slovaque, Igor Matovič. Seule Zuzana Čaputová s’inscrit au moins par certains aspects dans une continuité – revendiquée – du dernier président tchécoslovaque.

Toutefois, au-delà de ce caractère à la fois dépassé et dévoyé du texte fondateur, quel bilan pouvons-nous tirer des trois décennies de sa mise en œuvre ? ▪▪▪

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