Académie Notre Europe #8 – L’Europe Économique et Budgétaire

Académie Notre Europe #8 – L’Europe Économique et Budgétaire
Date / Lieu : 22 mai 2026, au siège du Crédit Mutuel à Paris.
Contexte :
Pour sa huitième session, la promotion 2025-2026 de l’Académie Notre Europe s’est plongée dans les défis économiques et stratégiques auxquels l’Union européenne est confrontée. Accueillis au siège de la Confédération nationale du Crédit Mutuel, les participants ont échangé avec trois intervenants de haut niveau autour de grandes thématiques telles que le budget européen, le financement de l’économie et la souveraineté européenne. Cette session, riche en analyses et en perspectives, a permis de mieux comprendre les enjeux auxquels l’Union européenne fait actuellement face.
Déroulé :
La journée a débuté par un échange passionnant avec Priscille Szeradzki, directrice générale de la Confédération nationale du Crédit Mutuel. Elle a établi une distinction claire entre les banques coopératives et les banques capitalistes, qu’elle considère comme reposant sur des logiques fondamentalement différentes. Les banques coopératives sont apparues au XIXe siècle en réponse à l’exploitation des classes populaires par les prêteurs locaux. Elles reposent sur un principe essentiel : une personne, une voix, indépendamment du capital détenu. Ce modèle de gouvernance démocratique, qui demeure au cœur de leur fonctionnement actuel, associé à l’absence de recherche de maximisation des dividendes et à une stabilité financière fondée sur la mise en réserve des bénéfices, permet aux banques coopératives de financer des territoires éloignés des grands centres urbains. Ces territoires sont souvent délaissés par d’autres acteurs du secteur bancaire, qui craignent des investissements trop risqués. Priscille Szeradzki revendique toutefois pleinement ce rôle, qu’elle considère comme une expression de l’intérêt collectif, en refusant de limiter l’accès au financement aux seules clientèles les plus aisées. Selon elle, « le principe même de la mutualisation repose sur un mélange de profils et de revenus différents ».
Après cette immersion dans le paysage bancaire et économique européen, la session suivante avec Eulalia Rubio a porté sur la manière dont est conçu et négocié l’un des instruments les plus spécifiques de l’Union européenne : son budget. Chercheuse senior à l’Institut Jacques Delors, Eulalia Rubio a éclairé les enjeux liés à la préparation du futur budget européen pour la période 2028-2034. Historiquement conçu comme un outil de redistribution et de convergence économique entre les territoires européens, le cadre financier pluriannuel (CFP) devient progressivement un instrument au service de la puissance économique, industrielle et géopolitique de l’Union.
La proposition de CFP 2028-2034 repose ainsi sur trois grandes priorités : une réorientation des priorités budgétaires, une plus grande flexibilité dans l’utilisation des fonds et une simplification des instruments existants. Si la taille globale du budget ne semble pas connaître de bouleversement majeur, sa composition évolue profondément. Enfin, Eulalia Rubio a abordé la question du financement du budget européen, notamment à travers le développement de nouvelles ressources propres visant à renforcer l’autonomie financière de l’Union. Toutefois, les contributions nationales des États membres demeurent au cœur du financement européen, rendant les négociations particulièrement complexes.
La promotion 2025-2026 de l’Académie Notre Europe a ensuite eu le privilège d’échanger avec Éric Lombard, ancien ministre français de l’Économie et des Finances, qui avait récemment publié son essai L’Europe ne sera plus captive de Zeus (6 mai 2026). Il y dresse le portrait d’une Europe à un tournant de son histoire, menacée par le retour des rapports de force géopolitiques et par son propre manque de volonté politique. À partir d’un scénario dystopique situé en 2050, l’ancien ministre estime que le principal défi de l’Europe n’est pas économique mais stratégique : sans souveraineté militaire, énergétique et industrielle, le continent serait condamné à la dépendance. Face au désengagement américain et à l’affirmation croissante des puissances russe et chinoise, il plaide pour la création d’une véritable « Europe de la défense », capable d’agir de manière autonome tout en restant associée à l’OTAN. Au-delà de la défense, Éric Lombard appelle à une Europe plus flexible, capable d’avancer avec un groupe d’États lorsque l’unanimité empêche l’action collective. Il défend également l’accélération de l’Union de l’épargne et de l’investissement afin de mobiliser davantage de capitaux européens au service de la croissance du continent. Son analyse repose ainsi sur une conviction centrale : l’Europe dispose des ressources économiques, industrielles et humaines nécessaires pour demeurer une puissance mondiale, mais son avenir dépendra de sa capacité à transformer ce potentiel en affirmation politique.
La journée s’est conclue par un atelier animé par le metteur en scène et compositeur Roland Auzet, qui a proposé aux participants une approche innovante de la citoyenneté européenne. Répartis en petits groupes, les étudiants ont d’abord participé à un échange visant à interroger leur sentiment d’appartenance : se sentent-ils français, européens, bulgares ou encore bordelais ? Cette première réflexion a servi de point de départ à un exercice plus créatif. Les participants ont ensuite été invités à représenter, à travers des scènes théâtralisées, leur propre vision de la citoyenneté européenne. Grâce à ces expérimentations artistiques, nourries par le dialogue et la collaboration, chacun a pu exprimer sa perception de l’Europe et la partager avec les autres. C’est aussi cela, l’Académie Notre Europe : des conférences et des rencontres inspirantes le matin, mais également des ateliers participatifs l’après-midi pour expérimenter, débattre, créer et apprendre autrement.
Qu’est-ce que l’Académie Notre Europe ?
L’Académie Notre Europe est le programme annuel de l’Institut Jacques Delors dédié à la jeunesse, lancé par Enrico Letta afin d’offrir un espace d’apprentissage, de dialogue et d’échange autour des affaires européennes. Destinée aux jeunes de 16 à 35 ans, elle s’appuie sur l’expertise de l’Institut et sur son réseau de décideurs politiques et d’universitaires pour approfondir la compréhension de l’Union européenne et renforcer une citoyenneté européenne active.




