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15/09/26

UE : hymne à la joie ou bûcher des souverainetés ?

Les menaces erga omnes auxquelles l’Europe est confrontée aujourd’hui sont à la fois internes et externes, et touchent des intérêts collectifs fondamentaux de ses sociétés et de l’ordre international. Sur le plan interne, l’Europe doit faire face à l’érosion de l’État de droit dans certains États-membres, à la montée de régimes illibéraux, à la polarisation politique et à la diffusion de discours de haine qui sapent les valeurs communes de démocratie, de pluralisme et de protection des minorités. Sur le plan externe, l’Union est confrontée à l’agression russe contre l’Ukraine, aux tensions systémiques avec la Chine et aux recompositions incertaines de la relation transatlantique, qui fragilisent la sécurité du continent et l’architecture multilatérale fondée sur la Charte des Nations unies. De plus, l’Union européenne doit affronter ses dépendances numériques, énergétiques, technologiques et sécuritaires auxquelles s’ajoutent le changement climatique, les cyberattaques, les ingérences informationnelles et la remise en cause des normes universelles des droits humains.

Ces tendances menacent l’Union européenne et son ordre juridique, fondé sur la primauté du droit européen, le respect mutuel des décisions de ses juridictions, et fragilisent sa capacité à parler et agir d’une seule voix sur la scène internationale. Elles transforment la défense de l’État de droit, de la démocratie et du climat en enjeux simultanément internes et globaux, dont la mise en échec affecte l’ensemble de la communauté internationale et non les seuls États européens pris isolément.

À l’heure où l’Union Européenne affronte cette succession de crises et défis, la notion de souveraineté revient au premier plan du débat public, souvent instrumentalisée par des forces politiques antagonistes, au risque de la caricature. Dans ce contexte, marqué par des échéances électorales susceptibles de se transformer en autant de référendums pour ou contre l’Union, l’article entend répondre à plusieurs questions structurantes.

D’abord, que signifie encore « être souverain » pour un État européen au XXIe siècle et en quoi la souveraineté partagée au sein de l’UE peutelle accroître, plutôt que diminuer, la capacité d’agir des nations ? Ensuite, comment dépasser la paralysie de la « vétocratie » et les conflits de souveraineté (politiques et juridictionnels) pour rendre l’UE à la fois plus efficace et plus légitime aux yeux des citoyens ? Enfin, quelles combinaisons de différenciation volontaire, de coopérations renforcées et de réformes institutionnelles permettraient de tendre vers une « fédération d’Étatsnations », conciliant autonomie nationale, mutualisation des moyens de puissance et exigence démocratique ?

En éclairant ces enjeux, l’article ambitionne de nourrir le débat électoral européen, en montrant que la souveraineté n’est pas l’apanage des antieuropéens, mais peut devenir, si elle est assumée comme souveraineté européenne partagée, l’outil privilégié d’une Europe plus forte et de nations plus influentes sans préjudice de leurs diversités culturelles respectives.