Académie Notre Europe #6 – L’Europe Commerciale et Industrielle

Académie Notre Europe #6 – L’Europe Commerciale et Industrielle
Date / Lieu : 19 mars 2026, à Bruxelles.
Contexte :
Pour sa sixième session, la promotion 2025-2026 de l’Académie Notre Europe s’est rendue au cœur de la capitale européenne pour une immersion exceptionnelle au sein des institutions de l’Union européenne. Le 20 mars 2026, les participants ont découvert le fonctionnement du Parlement européen, le rôle des assistants parlementaires ainsi que certains des enjeux stratégiques qui façonnent aujourd’hui l’Europe, notamment dans les domaines de l’énergie, de la diplomatie et du commerce. Ce déplacement s’est inscrit dans un contexte européen particulièrement dynamique : débats en cours sur la transition énergétique, tensions géopolitiques liées à l’Ukraine, discussions autour du Pacte vert européen et du développement des énergies renouvelables. Cette immersion a permis de mieux comprendre de manière concrète comment les décisions législatives et diplomatiques influencent la vie des citoyens et l’avenir du continent.
Déroulé :
Le voyage d’étude a débuté par une visite du Parlement européen, accompagnée de Thomas Pellerin-Carlin, député européen. Chaque député européen siège au sein de plusieurs commissions parlementaires. Thomas Pellerin-Carlin est membre titulaire de la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie (ITRE). Il a échangé avec les participants sur la complexité de la construction des majorités, notamment à une époque où les alliances traditionnelles laissent parfois place à de nouvelles configurations politiques (notamment entre le PPE et l’extrême droite). Sur la politique énergétique, il a répondu aux questions de la promotion 2025-2026, notamment sur la place du nucléaire. Il défend une approche au cas par cas, adaptée aux choix de chaque État membre. Il a toutefois insisté sur le fait que la réussite de la transition énergétique dépendra avant tout d’un renforcement des efforts en matière d’efficacité énergétique, de sobriété et d’énergies renouvelables. À l’horizon des dix à vingt prochaines années, la transition énergétique représente également, selon lui, le meilleur investissement possible. Par exemple, même si les véhicules électriques peuvent représenter un coût initial plus élevé, les économies réalisées sur le carburant permettent rapidement de compenser cet écart. Des dispositifs tels que le leasing social ou les prêts subventionnés peuvent accélérer cette transition et doivent donc être renforcés. Enfin, il a encouragé les jeunes participants à s’engager, en prenant l’exemple de Lena Schilling en Autriche, rappelant que « l’appétit vient en mangeant ».
L’échange avec Gurvan Le Bras, chef adjoint d’unité au sein de la division de la planification stratégique, a permis de mieux comprendre le rôle unique du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), véritable « ministère des Affaires étrangères » de l’Union européenne créé en 2010. Sa mission est de faciliter les discussions entre les 27 États membres et de nourrir les propositions adressées au Haut représentant de l’Union. Cette coordination est d’autant plus essentielle que l’Europe fait face à un « triangle de menaces » inédit : la pression militaire exercée par la Russie sur le continent, le défi géopolitique systémique posé par la Chine et le retrait progressif des États-Unis. Sur ce dernier point, Gurvan Le Bras a partagé sa vision de l’autonomie stratégique européenne. Si le passage à la majorité qualifiée en matière de défense demeure complexe — chaque État craignant de perdre son droit de veto — une évolution fondamentale est néanmoins en cours : la capacité à agir collectivement sans nécessiter une unanimité totale. Comme l’illustrent les initiatives liées à l’Ukraine ou au détroit d’Ormuz, l’avenir pourrait reposer sur des « coalitions de volontaires ».
La session suivante, avec Édouard Bourcieu, économiste en chef à la direction générale du Commerce de la Commission européenne, a débuté par un constat marquant : après vingt-cinq années de mondialisation sans entraves, la géopolitique et le rôle de l’État font un retour en force dans la politique commerciale. Face aux surcapacités chinoises et au protectionnisme américain, l’objectif est de trouver un équilibre : stabiliser les relations avec Washington tout en dotant l’Union européenne des outils nécessaires pour défendre ses intérêts, sans alimenter une spirale protectionniste. Malgré certaines perceptions biaisées dans le débat public, Édouard Bourcieu a rappelé que l’UE demeure un acteur majeur du commerce mondial, représentant 15 % du commerce mondial, devant les États-Unis (13 %) et la Chine (13 %). Première puissance exportatrice de biens et de services et principal partenaire commercial de 60 pays, l’Union dispose d’une influence considérable. Contrairement aux prévisions de divisions internes, les 27 États membres ont su faire bloc face aux pressions extérieures, affichant parfois une cohésion supérieure à celle des États-Unis eux-mêmes. Cette force collective nourrit ce que la Commission appelle désormais « le moment d’indépendance de l’Europe » : une volonté d’affirmer sa souveraineté dans un système multilatéral fragilisé qui nécessite une réforme urgente.
La promotion a conclu cette session par une immersion dans l’écosystème européen des think tanks, à travers les exemples de la Fondation Jacques Delors-Friends of Europe, de Friends of Europe et d’Europe Jacques Delors. Ces organisations cherchent à transformer les idées en actions politiques autour de trois grands axes : la souveraineté économique à travers le Marché unique 2028, la sécurité collective via un renforcement des dépenses de défense et la transition énergétique.
Qu’est-ce que l’Académie Notre Europe ?
L’Académie Notre Europe est le programme annuel de l’Institut Jacques Delors dédié à la jeunesse, lancé par Enrico Letta afin d’offrir un espace d’apprentissage, de dialogue et d’échange autour des affaires européennes. Destinée aux jeunes de 16 à 35 ans, elle s’appuie sur l’expertise de l’Institut et sur son réseau de décideurs politiques et d’universitaires pour approfondir la compréhension de l’Union européenne et renforcer une citoyenneté européenne active.






