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Passé
10 Avr 2026
00:00 - 23:00

Académie Notre Europe #7 – L’Europe des Migrations et des Droits Humains

Académie Notre Europe #7 – L’Europe des Migrations et des Droits Humains

Date / Lieu : 10 avril 2026, à la Maison Heinrich Heine à Paris.

Contexte :

Pour sa septième session, la promotion 2025-2026 de l’Académie Notre Europe s’est réunie autour d’un thème central des débats actuels : l’Europe, les migrations et les droits fondamentaux. De l’espace Schengen aux politiques migratoires contemporaines, les principes fondateurs de libre circulation et de solidarité européenne sont aujourd’hui remis en question par plusieurs États membres. Dans un contexte marqué par de multiples crises humanitaires et la montée de l’extrême droite, cette session a permis d’examiner les perspectives de la politique européenne en matière de migration et d’asile, ainsi que la capacité des institutions européennes à garantir le respect des droits fondamentaux, des valeurs européennes et de l’État de droit.

Déroulé :

La journée a débuté par une intervention depuis Strasbourg : Fabienne Keller a souligné la manière dont le Pacte européen sur la migration et l’asile est devenu un outil politique et idéologique, notamment à travers le vote sur le texte du règlement « retour ». Ce texte constitue une menace pour le respect des droits des migrants : il permettrait de renvoyer des personnes vers des pays autres que leur pays d’origine et d’établir des « centres de retour » dans des pays tiers. Le nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile, qui doit entrer en vigueur en juin 2026, représente une opportunité d’harmoniser les normes et les pratiques au niveau européen en matière de procédures obligatoires aux frontières, de conditions d’accueil et de mécanismes de solidarité entre États membres. Fabienne Keller a réaffirmé l’importance de défendre un Pacte équilibré et modéré, respectueux des droits humains et ancré dans les réalités du terrain, face à l’exploitation des discours anti-migration par l’extrême droite. Celui-ci doit répondre à la fois au besoin légitime de mieux contrôler les entrées irrégulières et aux pénuries de main-d’œuvre auxquelles l’Europe est confrontée, qui pourraient être partiellement résolues par le développement de voies de migration légale, coordonnées à l’échelle européenne de manière sereine et fondée sur les faits.

Après une courte pause, la promotion s’est retrouvée autour d’une intervention d’Yves Pascouau, qui a souligné que les migrations sont devenues une source majeure de divisions en Europe, à la fois sur le plan politique et géographique. D’un côté, les pays de première ligne (Grèce, Italie, Espagne) doivent gérer l’arrivée massive de migrants. De l’autre, certains États refusent d’accueillir ces personnes. L’une des principales difficultés soulevées concerne la gestion des demandes d’asile à l’échelle européenne. Cette situation est aggravée par les crises internationales, qui rendent les flux migratoires imprévisibles et difficiles à réguler. Le Pacte sur la migration et l’asile fait l’objet de nombreuses critiques. Il est perçu comme la poursuite d’une politique que Yves Pascouau considère comme inefficace et déséquilibrée. La politique migratoire actuelle repose trop largement sur la contrainte et le contrôle, sans traiter suffisamment les causes profondes des migrations. Il regrette l’absence d’une véritable vision européenne commune, fondée sur la solidarité et le respect des valeurs démocratiques. Il appelle à repenser en profondeur l’architecture institutionnelle de la politique migratoire afin qu’elle ne se limite plus à une approche principalement sécuritaire. Son intervention a permis de rappeler que la question migratoire ne constitue pas uniquement un enjeu technique : elle touche au cœur même des valeurs, de l’unité et de l’avenir du projet européen.

Depuis l’an 2000, la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne inscrit l’engagement des institutions européennes et des États membres à respecter les droits fondamentaux des citoyens, fondés sur les principes de liberté, d’égalité et de solidarité qui constituent les piliers des valeurs de l’Union. Derrière ces principes se trouvent des réalités concrètes, des parcours de vie et des trajectoires migratoires diverses, douloureuses et parfois tragiques. Tania Racho et Bérangère Matta ont mis en lumière la diversité des profils et des raisons qui poussent des personnes à quitter leur pays pour rejoindre l’Union européenne, alors que les migrations sont souvent présentées comme une masse uniforme et indistincte. Les actions de SOS Méditerranée illustrent les difficultés rencontrées pour garantir ces droits sur le terrain, dans un contexte marqué par un retrait progressif de l’action publique, un durcissement des législations relatives à l’accueil et une volonté d’externaliser la gestion des migrations au-delà des frontières de l’Union.Alors que 910 personnes ont perdu la vie en Méditerranée depuis le début de l’année, Tania Racho et Bérangère Matta estiment toutes deux que ces drames sont la conséquence de choix politiques opérés par les gouvernements européens actuels et que chacun peut contribuer à faire évoluer la situation par son engagement.

L’après-midi s’est poursuivie avec l’activité « Destination Europe », animée par le point de contact français du Réseau européen des migrations (REM). Après un quiz exigeant visant à actualiser leurs connaissances sur les chiffres clés et les réalités migratoires, les participants ont été invités à se mettre tour à tour dans la peau de décideurs européens, nationaux et locaux. Cet exercice de mise en situation leur a permis de mieux appréhender la complexité des politiques migratoires et d’évaluer concrètement leur impact sur les parcours et les droits des personnes migrantes.

Qu’est-ce que l’Académie Notre Europe ?

L’Académie Notre Europe est le programme annuel de l’Institut Jacques Delors dédié à la jeunesse, lancé par Enrico Letta afin d’offrir un espace d’apprentissage, de dialogue et d’échange autour des affaires européennes. Destinée aux jeunes de 16 à 35 ans, elle s’appuie sur l’expertise de l’Institut et sur son réseau de décideurs politiques et d’universitaires pour approfondir la compréhension de l’Union européenne et renforcer une citoyenneté européenne active.