Dans un monde en crise, l’Europe peut-elle s’affirmer par ses « valeurs » ?

Le « réveil géopolitique de l’Europe » face aux chocs de souveraineté3 ces dernières années a conduit à une affirmation dominante selon laquelle il faudrait parler désormais le langage réaliste des intérêts et de la puissance plutôt que celui jugé idéaliste voire irénique des valeurs. Or, doit-on céder aussi facilement à l’air du temps et dissocier ces deux registres ? Si, à l’évidence, l’Europe doit mettre en oeuvre une « transition géopolitique », celle-ci ne doit pas conduire les Européens à sacrifier leur héritage et les « valeurs » qui en découlent.
Dans son discours récent de réception du prix Charlemagne, Mario Draghi affirme que « sous la pression de ces dernières années, les Européens se rappellent des valeurs qu’ils avaient commencé à tenir pour acquises : la solidarité, la démocratie, l’État de droit, la protection des minorités. Elles sont l’héritage de l’Europe d’après-guerre.
Et elles redeviennent visibles parce qu’elles sont mises à l’épreuve. Cette prise de conscience est plus puissante que n’importe quel programme politique, car elle donne aux Européens une raison d’agir. Et les citoyens savent déjà clairement quelle direction l’Europe doit prendre : neuf personnes sur dix interrogées par l’Eurobaromètre souhaitent que l’Union agisse avec plus d’unité ; les trois quarts souhaitent qu’elle dispose de plus de ressources pour relever les défis à venir ».
Un système de valeurs est indispensable pour faire société et souder une communauté politique, un collectif, en particulier face aux menaces extérieures. L’UE et ses citoyens sont pris pour cible non seulement sur le front sécuritaire et économique mais aussi sur le front idéologique sur fond d’attaque contre les « valeurs » de nos démocraties libérales et de nos économies ouvertes.
Ces « valeurs » sont en effet aujourd’hui mises en cause en Europe, et ailleurs, non seulement sous la pression notamment des forces politiques national-populistes et extrémistes mais aussi à l’extérieur de l’Union européenne, dans un contexte d’affirmation des régimes autoritaires, dictatoriaux et totalitaires à travers le monde. Ces divers défis internes et externes offrent ainsi une opportunité démocratique en ce qu’ils nous forcent à défendre les « valeurs » propres aux Européens.


