Policy Paper 5
 
L’élargissement de l’UE : une fuite en avant ?
Ce Policy-paper a pour objet de porter un autre regard sur le processus d'élargissement, désormais inéluctable, et de tenter d'évaluer, domaine par domaine, quels problèmes pourraient surgir après l'adhésion des dix nouveaux Etats-membres. L'objet de ce texte est de tenter d'identifier les thèmes qui n'ont pu être suffisamment couverts lors des négociations, d'en cerner toutes les implications possibles, et de définir quelques pistes politiques qui pourraient être suivies.
|   31/08/2003             |   Daniel Vaughan-Whitehead             |   Droit et institutions
Policy Paper
En votant avec une confortable majorité la ratification du Traité de Nice, lors du référendum du 19 octobre 2002, le peuple irlandais levait les derniers obstacles à la réforme des institutions indispensable à l’élargissement de l’UE. 
Quelques mois plus tard, le Sommet de Copenhague les 12-13 décembre 2002 confirmait l’adhésion imminente des dix premiers pays candidats : huit d’Europe Centrale et Orientale -République tchèque, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie, Slovénie- et deux de la Méditerranée -Chypre et Malte. Le 16 avril 2003, la signature officielle des traités d’adhésion était conclue avec les futurs Etats membres, pour une adhésion le 1er mai 2004, donnant ainsi la possibilité aux nouveaux Etats membres de participer aux élections du Parlement Européen en juin 2004. 
Le rapprochement des échéances confirme désormais un fait politique et historique majeur : malgré les obstacles, le projet le plus ambitieux de ce siècle, réunifier l’Europe de l’est et l’Europe de l’ouest, est en passe d’être couronné de succès. Les premières réactions des opinions publiques des futurs Etats membres sont très encourageantes : malgré une opinion divisée sur la question, le référendum à Malte a dégagé une majorité en faveur de l’adhésion, alors que les résultats des référendums tenus en Slovénie, Hongrie, Lituanie, Slovaquie, Pologne et République tchèque ont montré un engouement spectaculaire, avec respectivement 95, 85, 91, 92, 77,5 et 77% des votants en faveur de l’adhésion de leur pays à Union Européenne. Pour être mené à bien, un projet de cette envergure devait suivre un calendrier précis. 
Pourtant, au-delà de ce succès politique, le rythme soutenu qui a caractérisé ce processus dans sa phase finale pourrait avoir un effet « boomerang »et nous conduit aujourd’hui à nous interroger sur la qualité de cet élargissement et sur le fonctionnement futur de l’UE élargie. Afin d’intégrer au plus vite les anciens pays du bloc communiste, n’a t-on pas pris le risque de trahir l’esprit originel de la construction communautaire, ou du moins d’en diluer les principaux acquis ? A t-on pris suffisamment en considération les spécificités des futurs Etats membres ? A t-on donc pris le temps de réformer nos politiques en conséquence, pour mieux accueillir les nouveaux membres ? En bref, ce qui est présenté aujourd’hui comme une opportunité historique ne pourrait t-elle pas se révéler demain une gigantesque fuite en avant ? 
Cet article (dont les réflexions sont présentées dans le détails dans l’ouvrage »EU Enlargement versus Social Europe : The Uncertain Future of European Social Model » juillet 2003, Edward Elgar Publishing.) a pour objet de porter un autre regard sur le processus d’élargissement, désormais inéluctable, et de tenter d’évaluer, domaine par domaine, quels problèmes pourraient surgir après l’adhésion des dix nouveaux Etats membres. L’objet de ce texte est de tenter d’identifier les thèmes qui n’ont pu être suffisamment couverts lors des négociations, d’en cerner toutes les implications possibles, et de définir quelques pistes politiques qui pourraient être suivies.