Policy Paper 254

Lutte contre la pauvreté en Europe

BILAN MITIGÉ, PROPOSITIONS NOUVELLES

Par Julien Damon, Professeur associé à Sciences Po. Conseiller scientifique de l’École nationale supérieure de sécurité sociale (En3s).

Depuis les années 1970, l’Union européenne élabore définitions et données sur la pauvreté. Les États membres ont réussi à progressivement se mettre d’accord sur des principes pour mesurer et agir. Dans les années 2000, la stratégie de Lisbonne a donné une impulsion, avec l’ambition explicite d’aller vers l’élimination de la pauvreté. Dans les années 2010, la stratégie UE 2020 a fixé un objectif chiffré de réduction du nombre de pauvres (moins 20 millions). L’heure des premiers bilans et des perspectives, en période de crise sanitaire et économique majeure, permet de revenir sur ces indicateurs et sur les instruments d’intervention. Cette note soutient deux propositions. D’abord, en faveur d’une centration des efforts sur la pauvreté extrême et sur les sans-abri. Ensuite, pour une approche pleinement européenne de l’évaluation de la pauvreté, avec un seuil de calcul établi au niveau communautaire.
La pauvreté s’affirme sur l’agenda communautaire et dans le droit européen. L’Union se dote au fil du temps d’outils statistiques et de compétences juridiques, mais surtout d’une ambition. Rétrospectivement, en forçant un rien le trait, on pourrait aller jusqu’à dire que depuis l’origine et la promesse de prospérité inhérente à la construction communautaire d’après-guerre, le thème de la pauvreté est implicitement européen. L’appel de Schuman par exemple, relaie cette conception, sous l’angle premier de la solidarité. Marché commun et ouverture des frontières se conçoivent pour bénéficier à tous. Ce n’est, cependant, que depuis le Traité d’Amsterdam (1997) que la lutte contre la pauvreté fait partie des compétences de l’Union, l’autorisant véritablement à agir.

« La lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale constitue l’un des engagements forts de l’Union européenne et de ses États membres ». Cette affirmation, datant de 2008, scelle solennellement en annonçant l’Année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (2010), l’importance du sujet pour l’Union. Signalons d’emblée qu’il y a bien des distinctions possibles entre exclusion et pauvreté, l’une pouvant, selon les lectures, être synonyme, dimension ou extension de l’autre. Le choix européen consiste à considérer la pauvreté monétaire (la faiblesse des revenus) comme une mesure singulière mais insuffisante des phénomènes d’exclusion. Reste que toutes les dimensions de la faiblesse des ressources et des capacités sont très souvent, dans la littérature européenne non spécialisée, concentrée dans le vocable « pauvreté ».▪▪▪