Rapport

20 ans d’action du Comité Jean Monnet (1955-1975)

Si les travaux historiques n’entrent pas dans la vocation de Notre Europe, ce retour aux origines du projet européen nous est apparu utile au moment où doit s’ouvrir un grand débat démocratique sur l’avenir de l’Union. En notre temps où le concept ambigu de pragmatisme tient trop souvent lieu de vision politique, revisiter l’esprit initial de l’aventure européenne, pour en raviver l’ambition, est loin d’être une démarche inutile.

PRESENTATION DE JACQUES DELORS

En premier lieu, je voudrais remercier Max Kohnstamm à qui revient l’idée de cette publication et le professeur Rieben, directeur de la Fondation Jean Monnet, qui l’a rendue possible.

Si les travaux historiques n’entrent pas dans la vocation de Notre Europe, ce retour aux origines du projet européen nous est apparu utile au moment où doit s’ouvrir un grand débat démocratique sur l’avenir de l’Union. En notre temps où le concept ambigu de pragmatisme tient trop souvent lieu de vision politique, revisiter l’esprit initial de l’aventure européenne, pour en raviver l’ambition, est loin d’être une démarche inutile.

D’autant que la visite mérite le détour et met à mal les idées reçues sur la « méthode Monnet », telles que le contournement du politique par l’économique ou la théorie de l’engrenage. Le projet européen, à la lecture de ces pages, est indissociablement économique et social et s’inscrit dans une perspective géopolitique ambitieuse, dimensions éclairant un pragmatisme qui ne se satisfait pas de lui-même. Par sa composition même et par ses prises de position, le Comité révèle une véritable obsession de conciliation des dimensions économique et sociale de l’Europe politique en gestation. Dans le contexte, maintenant dépassé, de la guerre froide, il développe une vision sans naïveté du partenariat transatlantique : le projet n’est pas d’intégrer l’Europe naissante à un ensemble dominé par les États-Unis mais de mettre l’Europe au niveau de ceux-ci (autre obsession) pour rendre possible un partenariat équilibré. C’est dans cette perspective qu’est continûment rappelée la responsabilité spécifique de l’Europe vis à vis des pays en développement et la nécessité d’intégrer la Grande-Bretagne, fut-ce au prix d’une géométrie variable distinguant zone de libre-échange et marché commun à dimension sociale.

Le Comité envisageait beaucoup des développements actuels de l’Union et en particulier l’Union économique et monétaire (et sociale, pour être plus près du texte). Mais toujours à la lumière de ce qui fait la spécificité incontournable du projet européen : la confiance, dans tous les domaines, en un exécutif supranational et une Cour de Justice indépendante. Pour être déterminée, cette primauté de ce qu’on appellera la « méthode communautaire » n’en est pas pour autant rigide, ainsi qu’en témoignent l’hypothèse d’une Europe à deux vitesses permettant l’intégration britannique ou l’effort de compréhension des « Plans Fouchet » successifs.

Il reste un mot à dire du Comité lui même, à partir de la lumineuse présentation de Pascaline Winand. La formule d’un tel groupe de pression, loin cependant de se limiter à des cercles d’experts, ne serait probablement plus praticable de nos jours, où l’on préfèrerait parler de société civile, selon une configuration différente. Plus actuel reste l’extraordinaire acharnement qui a marqué les 20 années d’exercice du Comité, pour laquelle me vient spontanément une référence sportive : pendant toutes ces années, le Comité a réellement « marqué à la culotte » le passage de la CECA à la CEE et les premiers pas de celle-ci. Ce miraculeux mélange de clarté et de simplicité dans la vision politique, et d’obstination dans son rappel permanent aux « décideurs » constitue un message d’une grande actualité : si l’aventure européenne est le projet politique le plus exaltant qui nous soit proposé, il s’agit d’un chemin difficile qui réclame de ses partisans à la fois ambition et modestie, vision prospective et obstination quotidienne.

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